N° 558 | du 4 janvier 2001 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 4 janvier 2001

Le racisme au quotidien en douze petits films

Joël Plantet

Les cassettes des douze films peuvent être commandées à l’association
DFCR
138 rue de Vincennes
93100 Montreuil
Tél. 01 42 87 62 72

Thème : Racisme

Créée en juillet 1997, l’association Dire, faire contre le racisme (DFCR) avait lancé un appel à scénario de films courts auprès des 16/26 ans, puis en a confié la réalisation à des cinéastes confirmés, le racisme étant « un sujet délicat » : l’intérêt d’une telle démarche étant de confronter les idées proposées par les jeunes à une démarche professionnelle.

Dans Sans autre, t’es rien (Philippe Jullien, 5 mn 30), quatre individus d’origines différentes sont intrigués par la présence d’une sphère en suspension… Approches, convoitises, tentatives d’appropriation… Parviendront-ils à s’entendre ?
Pimprenelle (Yamina Benguigui, 5 mn 30), autrement dit Soria, doit animer un anniversaire d’enfants, déguisée en fée. La maîtresse de maison, visiblement, n’imagine que difficilement qu’une fée puisse être d’origine maghrébine…

D’origine tchétchène, lui, Tadeus (Philippe Jullien et Jean-Pierre Lemouland, 5 mn 30) débarque dans une classe de CM1, intriguant ses camarades : il mange tout ce qu’on lui donne à la cantine, il est nul au foot, il ne leur ressemble pas…
Le vigneron français (Christophe Otzenberger, 5 mn 30) évoque l’histoire de Samir, marchand de vin par correspondance sous le pseudonyme de Luc Leblanc. Jusqu’où devra-t-il renier son identité (« Pour la clientèle, il n’y a pas d’arabes au Vigneron français ! », lui lance son patron, dénommé… Farid).

Relou est un petit film de la cinéaste burkinabé Fanta Régina Nacro. Dans un bus de la banlieue parisienne, Dalila, jeune kabyle blonde, se fait draguer, de plus en plus violemment par des adolescents d’origine maghrébine ; le ton monte, les insultes fusent. Les jeunes mecs sont persuadés qu’elle ne comprend pas leur langue…
Les sentiments racistes n’épargnant personne, Émilie Deleuze met en scène, dans Lettre à Abou (6 mn), le petit Ahmed, arrivé récemment en France avec sa mère. Les discussions pleines de préjugés de sa famille lui font craindre le pire quant à son intégration à l’école…

Maman, regarde ! (Paul Boujenah, 5 mn) se passe dans les rayons d’un supermarché : un petit garçon tombe nez à nez avec une jeune femme noire. Troublé et admiratif, il court informer sa mère de sa découverte.
Dans Pas d’histoire (Philippe Lioret, 4 mn 30), Ali, au volant de sa voiture, discute paisiblement avec son petit-fils, Mourad. Un accrochage, des propos teintés de racisme : Ali ne veut surtout pas faire d’histoires. Le regard de Mourad, ne supportant pas l’injustice (son grand-père est dans son droit) et la soumission…

Ces Petits riens (Xavier Durringer, 5 mn 30) mettent en concurrence Mohamed et Mademoiselle Dubois pour tenir le rayon littérature dans une grande librairie. Le directeur des ressources humaines veut jouer sur « la différence »… Racisme sournois, insidieux.
Dans Cyrano (Vincent Lindon, 5 mn 30), Marie, jeune fille des quartiers chics, reçoit des lettres enflammées et anonymes, se laisse prendre au jeu, accepte un rendez-vous, tellement le texte est littéraire, charmeur, séduisant… Quel visage auront ces missives ?
Poitiers, voiture 11 (Yves Angelo et François Dupeyron, 6 mn 30) : désagréable et méprisant, un homme s’installe dans un train Paris-Poitiers. À côté de lui, une famille maghrébine. L’homme s’endort, et ses cauchemars sont hilarants…

Mohamed (Catherine Corsini, 4 mn 40) est un gamin qui va réaliser brutalement qu’il est noir ; il ne comprend ni ne veut vivre avec cette différence. Il veut changer d’identité, pour être « comme tout le monde ».
Dénonciations subtiles, originales, en filigrane d’un racisme protéiforme, souvent incolore, opaque, sournois, ces saynètes présentent une réelle valeur pédagogique. La honte, la dignité, le respect, l’injustice ne sont jamais traitées ici de manière manichéenne. Une réelle initiative citoyenne, à mettre absolument entre toutes les mains. D’ailleurs, l’association DFCR est présente dans de nombreux festivals, auprès des associations de terrain et dans le milieu scolaire.