N° 767 | Le 29 septembre 2005 | Jacques Trémintin | Critiques de livres (accès libre)

Le placement de l’enfant victime. Une mesure irrespectueuse

Marcelle Bongrain


éd. L’Harmattan, 2004 (140 p. ; 13 €) | Commander ce livre

Thème : Protection de l’enfance

L’avantage avec le livre de Marcelle Bongrain, c’est qu’on en a deux pour le prix d’un ! L’auteur nous fait tout d’abord une brillante démonstration de ce que peut donner l’idéologie familialiste, avant de laminer ensuite l’essentiel de son argumentation.

Commençons donc par cette défense et illustration du droit inconditionnel des parents. « L’enfant mineur n’a qu’une place, celle d’être dans sa famille. L’enfant habite chez ses parents. Il ne peut avoir une autre place » (p.15) affirme-t-elle d’un ton péremptoire. L’on comprend mieux, dès lors, le titre de son ouvrage : le placement de l’enfant victime ne peut en effet qu’apparaître comme une « mesure irrespectueuse »… puisque le mineur ne peut être heureux, s’épanouir et grandir qu’au sein de sa famille.

Mais si l’enfant a été cruellement battu ou violé et exprime son refus de revoir ses bourreaux ? Marcelle Bongrain a pensé à tout : « les adultes seront là pour lui faire entendre raison (…) les familles d’accueil, les directeurs d’institutions doivent montrer toute leur autorité pour venir au bout du refus de l’enfant » (p.51). C’est qu’on a à faire à un mineur qui ne sait pas ce qui est bon pour lui : « l’enfant placé a le droit d’exprimer son désir de rompre tout lien avec ses parents, puisque les travailleurs sociaux et le juge sont là pour l’entendre… » (p.51) Cause toujours, tu m’intéresses. « Mais, ils sont là aussi pour lui dicter sa conduite et déterminer quel est son intérêt, souvent malgré lui ». Il faut effectivement lui faire entrer dans la tête que quel que soit ce qu’il a subi, son intérêt est de retourner vers sa famille, puisque « le placement n’a pas pour finalité de détruire la cellule familiale, mais au contraire de la maintenir et la rétablir » (p.46).

Ce n’est pas la maltraitance qui menace la cellule, c’est le vilain placement : CQFD. Plutôt que d’argumenter sur les dangers de cette prise de position purement idéologique, redonnons la parole à l’auteur qui se tire une balle dans le pied : « Ne brandissons pas la sacro-sainte formule “l’intérêt de l’enfant’’, sans nous interroger sur ce qu’exige la protection immédiate et à long terme d’un jeune qui souffre. Cela permettrait peut-être de faire passer l’enfant avant les intérêts des adultes. Pour cela il faut l’entendre, l’observer, le voir évoluer, réagir, lui laisser la place centrale » (p.63)… et faire dépendre étroitement ses relations avec sa famille non des représentations des adultes qui l’entourent mais de ses vrais besoins en la matière, pourrait-on rajouter.

Quant à la préservation de la place des parents au cœur même du placement, autre leitmotiv de l’auteur, là aussi, elle se répond à elle-même : « éduquer l’enfant relève du quotidien, l’éducation passe par l’exemple, le mimétisme, aussi bien que par le dialogue et les sanctions. Il va être très difficile pour les parents de conserver ce droit à part entière » (p.77). Comme quoi, avec peu de bon sens, on arrive parfois au bout des pires idéologies !


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