N° 985 | du 16 septembre 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 16 septembre 2010

Le permis pour mieux conduire sa vie

Mariette Kammerer

Thèmes : Prévention spécialisée, Pédagogie

En marge des journées nationales de la prévention spécialisée qui se sont tenues à Paris les 3 et 4 juin, l’union parisienne a souhaité faire connaître l’un des outils éducatifs qu’elle a mis en place : une auto-école associative.

Sami, 25 ans, a invité son moniteur d’auto-école dans un restaurant chic pour fêter son permis de conduire qu’il vient de réussir au bout de la… huitième fois. « Cela lui faisait très plaisir de m’inviter, il m’a remercié pour ma patience, et il m’a dit que maintenant, grâce au permis, il allait arrêter les petits boulots, quitter le foyer, se trouver un appartement, et pour une fois j’ai eu l’impression qu’il prenait sa vie en main », raconte Bruno De Korsak qui, en treize ans, s’est occupé de deux auto-écoles associatives créées par la prévention spécialisée.

Relais 18, dans le XVIIIe arrondissement, est la plus ancienne et permet à des jeunes de passer le permis de conduire pour un prix très abordable – 15 euros pour les cours de code et 240 euros pour 36 heures de conduite – et d’être accompagnés et soutenus par une pédagogie adaptée.

« L’objectif est de remobiliser des jeunes sans projet, leur permettre de renouer avec une démarche d’apprentissage, d’obtenir parfois leur premier diplôme et de mettre fin à une dynamique d’échec », explique Franck Blanchet, moniteur depuis deux ans à Relais 18. « On le propose par exemple à des jeunes qui ont échoué dans une auto-école classique, ou à des jeunes qui conduisent sans permis et voudraient se mettre en règle », explique Thierry Berthier, éducateur à ARC 75, qui travaille dans le secteur de cette auto-école et y envoie régulièrement des jeunes.

Ensuite c’est au jeune lui-même de faire la démarche, de franchir la porte, d’assister à un cours de code, puis de réunir les documents nécessaires à l’inscription. « En général il faut du temps pour que le projet mûrisse dans leur tête et qu’ils soient prêts à s’investir dans la durée, ajoute l’éducateur, mais quand ils le font, c’est souvent un déclencheur qui va entraîner d’autres changements dans leur vie. »

Support éducatif

« La relation avec les jeunes est primordiale, on essaie d’instaurer une ambiance chaleureuse et conviviale autour d’une activité commune », indique Bruno De Korsak. « Je cherche à créer un lien de confiance avec chaque élève pour qu’il se sente soutenu et n’hésite pas à demander de l’aide », ajoute Franck Blanchet. Les deux moniteurs de conduite ne sont pas éducateurs mais travaillent en lien étroit avec la prévention spécialisée et se sont imprégnés de l’esprit et des méthodes. « Aller vers », c’est discuter avec l’élève qui n’arrive pas éteindre son portable pendant les leçons, travailler sur la concentration, chercher à savoir pourquoi un jeune n’est pas venu à un cours de conduite, s’il a d’autres problèmes. « Faire avec », c’est les accompagner vers une conduite autonome et responsable, qu’ils sachent se débrouiller en terrain inconnu, prendre des décisions tout seul.

L’apprentissage de la conduite se fait en quatre étapes : maîtriser le fonctionnement du véhicule, connaître et respecter les règles, tenir compte des autres conducteurs et des piétons, savoir lire une carte et se déplacer de manière autonome. « Ces étapes ressemblent aux apprentissages du petit enfant qui découvre la marche, les interdits, les autres, c’est un support pour travailler sur le rapport à l’autre, à la loi, à l’argent, sur l’anticipation des situations, la maîtrise de soi », ajoute Franck Blanchet.

Surmonter les échecs

Les élèves doivent aussi apprendre à dépasser les échecs. Car même si, avec 36 heures de conduite au lieu de 20, ils sont mieux préparés qu’ailleurs, les échecs sont quand même fréquents. « On les aide à relativiser, à ne pas se décourager, on analyse ensemble ce qui s’est passé. » L’auto-école souffre d’un déficit de places à l’examen, pour le code et pour la conduite, car les places sont attribuées en fonction du taux de réussite au premier passage : « La préfecture devrait tenir compte de notre mission et de notre public spécifique et nous accorder davantage de places d’examen, car nos élèves sont obligés d’attendre des mois entre deux passages », insiste Franck Blanchet.

L’auto-école organise un voyage par an, avec les voitures auto-école, pour fêter la réussite de ses élèves et mieux les connaître. L’année dernière ils sont partis une semaine dans le Queyras. « On emmène à la fois des jeunes plutôt leaders et d’autres qui ont plus de mal, et cette année, dans les Pyrénées, on voudrait emmener aussi des filles, ajoute Bruno De Korsak. Les jeunes conduisent, font des randonnées, découvrent la montagne et sont ravis. »


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