N° 740 | du 10 février 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 10 février 2005

Le pari d’un centre social pour les gens du voyage

Emmanuelle Stroesser

Thème : Gens du voyage

À Cognac en Charente, le centre social intercommunal des Quatre routes est spécialisé dans les gens du voyage. Chose plus rare, il aspire à disparaître et le dit ouvertement, refusant de devenir « une réserve indienne » et souhaitant responsabiliser tout à chacun, élus, institutions, travailleurs sociaux, Éducation nationale et les gens du voyage eux-mêmes ! Une fois ceci réalisé, estiment ses dirigeants, le centre social des Quatre routes n’aura plus sa raison d’être, sauf à faire de l’assistanat. Sa fermeture est donc programmée et annoncée. À la campagne, « les quatre routes » signifie croisement. C’était donc un nom idéal pour symboliser l’esprit du voyage. Aujourd’hui, il symbolise également la croisée des chemins entre cet objectif de fermer une fois le but atteint, la difficulté à créer les conditions pour cela et à… oser enfin franchir le pas.

Ce matin d’octobre, le quotidien local se fait l’écho de l’installation d’une mission évangélique sur un terrain mis à disposition par la communauté de communes de Cognac. Comme à chaque fois, l’article a été punaisé sur l’un des murs de l’espace café exigu où la petite équipe du centre social des Quatre routes [1] prend le temps, chaque matin, d’échanger les nouvelles sur les gens du voyage ou d’autres sujets, commenter l’actualité. La discussion démarre au sujet de cette mission, se poursuit sur l’arrivée de caravanes sur l’agora de Chateaubernard, une commune jouxtant Cognac.

Le but : offrir un mode alternatif de stationnement

Bordant l’avenue Claude Boucher, au cœur de Chateaubernard, à quelques rues de la gare de Cognac, une dizaine de caravanes, plus ou moins en bon état, sont stationnées, entourées de petits immeubles. C’est le début des vacances. Seuls quelques enfants entrent et sortent, les autres voyageurs restent confinés à l’abri du froid et de la pluie. Comme ce couple qui s’est posé ici avec ses quinze enfants, les terrains d’accueil du département affichant complet. Cette place, c’est l’agora de Chateaubernard. Son concept avait été proposé aux élus par le centre social. Il s’agissait de réserver un espace sur une place aménagée et équipée (point d’eau et WC) pour l’accueil de marchés, de foires etc. pour que des voyageurs (5/8 caravanes maximum) puissent s’y poser, librement, pour une halte de quelques jours.

Le principe étant d’offrir un mode alternatif de stationnement, pour répondre à la variété de leurs aspirations, mais aussi faciliter la rencontre avec la population. Natif d’Anjou, Serge Lebreton gardait le bon souvenir du passage du Cirque Mouche et des moments passés entre gamins au cœur de la cité ouvrière ; et s’en était inspiré pour suggérer ces agoras. L’idée a été retenue par les élus qui ont inscrit la création de deux agoras dans le schéma départemental. Outre celle de Chateaubernard, une autre doit voir le jour à Cognac. Peut-être sous un mode « plus installé » avec un système d’électricité payante ou un forfait journalier. Mais le projet bute sur l’opposition de certains élus, alimentée par les déboires autour de l’agora de Chateaubernard (débordements de caravanes, pétitions de riverains).

Serge Lebreton, éducateur et directeur du centre, prévoit donc de s’y rendre pour aller rencontrer les nouveaux venus.

Le fait que la presse parle plus régulièrement et autrement des gens du voyage, non plus au travers des seuls faits divers, est l’un des indicateurs de l’impact du travail réalisé par ce centre social. Même si, comme ce jour, des inexactitudes sont parfois relevées dans l’article. En réussissant à montrer une autre image que celle véhiculée par les clichés ou alimentée par les peurs, le centre a participé à ce que certains esprits s’ouvrent, pour autant, son directeur mesure à quel point cela reste fragile. Ces derniers temps, il a nettement ressenti une « remontée de l’ostracisme », comme à chaque fois lorsque le contexte économique est sous tension. Un sentiment confirmé par le président du centre, Jacky Ferrand, plus souvent interpellé par un « vos manouches… ».

Mais cela ne les fait pas démordre de l’objectif téméraire qu’ils se sont donné : mettre la clé sous le paillasson ! Un objectif qui figure clairement dans le projet social du centre et les dossiers d’assemblée générale. Si aucune date butoir n’a été fixée, le directeur se fixe cinq ans pour réussir la transition : créer les conditions pour que les gens du voyage soient pris en compte, s’orientent, fréquentent les dispositifs et structures de droit commun. Serge Lebreton mesure toutefois que cela pourra prendre plus de temps. « Le relais doit se faire en douceur », admet-il. « Si on a besoin de plus de cinq ans ou de deux contrats de projet, on les prendra mais on le fera ». [2]

Une étape nécessaire

La création d’un centre social spécifique a été une étape nécessaire, s’accordent à dire Serge Lebreton, Jacky Ferrand, ou encore Georgette Charvière, secrétaire générale de l’association. « Il y avait un travail de fond et en profondeur à réaliser », résume le président.

Il y a quinze ans… Naissance de l’Association des gens du voyage de la région de Cognac (AGVRC) et création du centre social des Quatre routes

« Le centre est né pour remédier à la clochardisation de ces gens », rappelle Jacky Ferrand, son président. L’histoire remonte à la fin des années 80. Précisément en 1986. Georgette Charvière, jeune assistante sociale de circonscription est affectée sur un secteur comprenant un terrain d’accueil « monstrueux », à côté de Cognac. « Les collègues n’y allaient jamais. Moi j’étais la dernière arrivée, j’en ai hérité. Avec une collègue puéricultrice, on y est allées. On a été amenées à découvrir le cas de jumeaux, de 4 ans, dans une situation sociale et physique dramatique. Notre intervention auprès de cette famille nous a amenées à rencontrer un aumônier des gens du voyage qui les connaissait bien. Nous, on débutait et on était contentes de trouver un interlocuteur connaissant cette population et lui aussi était content de trouver des partenaires partageant son souci, relate-t-elle. Ni lui ni nous n’avions de solutions aux multiples problèmes. La seule solution était de construire un partenariat d’où l’idée de créer une association ».

Une association à titre professionnel qui émerge en 1998 sous le nom d’Association des gens du voyage de la région de Cognac (AGVRC). Elle réunit un nombre important de partenaires (services scolaires, sociaux, éducation, judiciaires, État, etc.) et des élus. Le CA compte 37 membres de droit ou associé. Outre les conditions déplorables de vie sur le terrain de Chateaubernard, d’autres familles avaient été repérées sur le cognaçais et les cantons voisins de Jarnac et Segonzac. « On avait réalisé que les familles avaient des liens familiaux sur tous ces cantons donc l’association s’est ouverte sur ces trois cantons ». « L’objectif était de créer de la synergie et avant toute chose de dire qu’un problème existait », reprend Georgette Charvière.

Très rapidement, il est envisagé le projet d’un centre social. « C’était l’occasion d’avoir un salarié car aucune administration n’avait suffisamment envie de s’investir par la mise à disposition de salariés, il était donc opportun d’avoir une structure définie et d’avoir des financements », précise Georgette Charvière. La CAF accepte de le valider même si le centre se limite à un public. « C’était pour nous naturel que ce soit un centre spécifique car c’était une population de laissés-pour-compte, de sédentaires en grande majorité. Aucun enfant n’était scolarisé. C’était un monde à part. Il fallait donc apporter des réponses spécifiques avec l’idée forte, dès le départ, qu’il ne s’agissait pas de les maintenir dans ce monde à part mais bien de les conduire vers une forme d’intégration », précise-t-elle.

Serge Lebreton, éducateur spécialisé, est le premier professionnel embauché par l’association, en 1990. Aujourd’hui, elle compte 6,5 postes équivalents temps plein (8 salariés) et son budget avoisine les 300 000 euros.
Ses actions sont :

Animation collective famille (partenariats avec d’autres centres sociaux généralistes notamment dans des séjours familles
Accompagnement global RMI
Accompagnement lié au logement (social, administratif et éducatif)
Secteur jeunes (78 inscrits de 7 à 18 ans).
Accès aux soins et prévention
Développement local (création de micro-entreprises)

Inexistante au début des années 90, la scolarisation des enfants est ainsi aujourd’hui « gagnée » en primaire ; mais reste bien plus aléatoire au collège. Ce fut le premier champ d’action du centre. Un moyen utilisé pour amorcer un début de socialisation et aller vers les gens du voyage pour bâtir, pas à pas, la relation de confiance sans laquelle aucune pratique éducative n’aurait pu se tisser. « Notre pari, le mien et celui du conseil d’administration, c’est que si les voyageurs veulent continuer à voyager, ils ont besoin de passer par la maîtrise des savoirs de base pour concilier leur mode de vie et les contraintes sociétales. C’est un pari, qu’on a fait nous gadjé. Eux n’étaient pas forcément demandeurs », explique Serge Lebreton.

« La démarche initiale était le contrôle. On leur disait il faut faire, c’est la loi. Après seulement on pouvait développer la question éducative », reconnaît-il. « À nous ensuite de créer les conditions pour qu’ils y trouvent un certain plaisir, une sécurité et que cela soit moins vécu comme une souffrance pour les parents », pose-t-il. Pour cela, le centre a joué un rôle de médiateur, mis en place de l’aide aux devoirs, poussé à ce qu’un enseignant spécialisé sur le territoire cognaçais aille dans les écoles. Une animatrice du centre, Karine, suit tout ce qui relève de la scolarisation et entretient les liens avec les écoles.

Le centre a largement contribué à ouvrir des portes politiques, jusque-là hermétiquement closes. Son action a abouti à ce que la problématique des gens du voyage soit prise en compte par les élus. Elle s’est concrétisée par l’élaboration d’un schéma d’accueil des gens du voyage (adopté en septembre 2002). Ou encore par la prise de compétence par la communauté de communes de Cognac de cette question, suivie par la communauté de communes voisine de Jarnac.

« Mais il faut pouvoir sortir du spécifique, sinon on maintient les gens dans un système trop isolé », reprend Jacky Ferrand. Georgette Charvière rappelle que dès l’origine, le projet visait bien « à l’intégration des gens du voyage dans le droit commun ».

Prudence dès l’origine…

La prudence a donc été de mise dans les actions mises en œuvre. Le centre social a ainsi par exemple refusé de faire la domiciliation des gens du voyage ou l’instruction du RMI… « Quel travail éducatif peut-on effectuer sur la distribution de courrier ? J’ai un rôle de médiation entre ma communauté et la leur. Si un service s’inscrit dans une politique globale je suis partant, sinon non », justifie Serge Lebreton. Pour autant, il rend ponctuellement service en réexpédiant du courrier qu’il aura été récupérer au CCAS de Cognac.

C’est en effet là, ainsi qu’au centre Samuel de Jarnac, que les gens du voyage peuvent être domiciliés. « Cela permet de leur montrer que ces lieux sont ouverts à tous », reprend Serge Lebreton. Idem donc pour le RMI. Le centre n’intervient que sur l’accompagnement. « On veille au suivi et à l’application du contenu. Une collègue travaille en relation avec l’assistante sociale. Nous avons passé une convention avec le conseil général en ce sens, explique le directeur. Si on veut que les gens du voyage soient pris en compte dans leurs différences, c’était notre choix et je crois le bon choix ».

Dans ce souci de ne pas s’enfermer dans le communautarisme, le centre social a créé un garage associatif, ouvert à tout public, économiquement faible, pour apporter une première réponse aux problèmes de mobilité et favoriser l’insertion professionnelle. Le garage, baptisé « Le Vago » (voiture en manouche), loue des mobylettes et répare à moindre coût des véhicules. « Quand les gens du quartier y croisent les voyageurs, ils constatent que le service rendu par une association qui s’occupe des gens du voyage est professionnel. Cela aide à briser l’idée qu’on en fait trop pour eux et pas assez pour les autres », argumente Serge Lebreton. Le garage pourrait devenir le point d’accroche d’une plate-forme de services pour remédier aux problèmes de mobilité [3] plus largement pointés sur le territoire par le conseil de développement de Cognac.

N’y a-t-il pas paradoxe à s’engager dans un tel projet ? Non, répond Serge Lebreton qui souligne que le garage s’autofinance déjà à 40 % et qu’une piste étudiée serait de le transformer en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Le déménagement prochain du centre social et du garage dans de nouveaux locaux bien plus spacieux apparaît, de prime abord, tout aussi paradoxal. « On ne sait pas quand on aura les conditions de ce passage au droit commun. On ne veut pas que la fermeture s’impose par des problèmes budgétaires. Or la tentation est trop forte pour les élus de fermer les robinets… On doit donc toujours continuer à faire nos missions et développer des réponses pour favoriser cet accompagnement et cette approche culturaliste par d’autres », explique Serge Lebreton. D’autant que le centre s’est déjà fermé un premier robinet en se déconventionnant de la gestion de l’aire d’accueil…

Premier pas de transition…

« On en avait la gestion depuis 1995. Le conseil d’administration n’y était pas favorable car notre objet c’est l’éducatif, rappelle Jacky Ferrand. Mais si nous ne l’avions pas géré, le terrain n’aurait jamais été créé. Le maire voulait que ce soient des acteurs locaux qui s’en occupent ». Le terrain étant désormais bien inscrit dans le territoire, le centre a décidé en 2004 de ne plus assurer sa gestion. Celle-ci a été confiée au Syndicat mixte pour l’accompagnement de la Charente [4].

« On n’intervient plus que sur la médiation, l’accompagnement au sens éducatif », apprécie Serge Lebreton. Les élus ont encore du mal à s’y faire et certains ont toujours le réflexe d’appeler le centre social… « L’agent d’accueil recruté par l’interco n’exerce qu’à mi-temps et n’offre pas les mêmes facilités que celles qu’on apportait… les élus réalisent qu’on ne comptait pas nos heures et que notre fonctionnement leur offrait beaucoup de confort ! », sourit le directeur qui reconnaît que la gestion du terrain d’accueil a aidé le centre à être vraiment identifié comme le référent. Il sait qu’ils perdront en visibilité. Mais le risque est surtout financier. Outre un licenciement, le déconventionnement a engendré une perte de ressources non négligeable pour le centre qui doit aujourd’hui faire face à un budget difficile à équilibrer… et ses premiers déficits.

Pourtant, fidèle à sa logique, le centre social compte également fermer son centre de loisirs sans hébergement (CLSH) en 2005. Une autre « provocation ». L’ambition étant que les jeunes du voyage se greffent sur les activités des autres structures généralistes de quartier. Serge Lebreton compte sur le fait que l’animatrice qui s’en occupait puisse, comme les autres salariés — s’ils en ont envie —, rejoindre progressivement ces autres structures pour apporter leur savoir-faire, leur approche culturelle… et maintenir les relations de confiance nouées avec les familles. A condition donc que ces autres structures jouent le jeu, de même que les partenaires financiers… mais aussi les gens du voyage. Or, chacun mesure la fragilité de leur participation et donc les doutes sur une possible intégration dans les autres structures.

« On a peu travaillé sur la participation des voyageurs et leur adhésion au centre social », reconnaît Serge Lebreton. « C’est intéressant politiquement et philosophiquement mais est-ce judicieux pour eux ? », s’interroge-t-il encore. «  Cela n’a pas de sens pour eux », affirme quant à elle Georgette Charvière qui souligne comme une « grande réussite » le fait que l’association compte trois voyageurs parmi ses membres. « Ce n‘est pas eux qui feront perdurer la dynamique. Il ne faut pas se cacher que le centre pour les gens du voyage c’est le supermarché du social », ose-t-elle.

La jeune génération n’apparaît pas plus engagée… plutôt en perdition. « Ils ne peuvent plus être comme leurs parents et ne savent pas toujours où ils vont. Ils sont plutôt dans l’assistanat à grande échelle. Individuellement, ils ont été scolarisés, c’est une forme d’intégration sociale, ils ne sont pas délinquants, donc en ce sens c’est une réussite sociale pour la collectivité mais sur le plan professionnel c’est zéro ! », détaille l’assistante sociale. « On ne sait pas quoi leur proposer. Deux ou trois vont jusqu’au CAP, ce qui est extraordinaire, mais après c’est compliqué car ils restent des gens du voyage et ils conservent un mode de vie communautaire. Si quelqu’un de leur famille est malade, ils ne vont pas aller travailler car la priorité c’est que tout le monde aille à l’hôpital alors comment envisager de tenir un boulot dans de telles conditions ? », illustre-t-elle.

Appréhension et réactions…

Du côté des partenaires, des élus ou des collègues, les sentiments semblent partagés entre l’incrédulité et la crainte. « Ça leur fait peur que l’on puisse dire : on ferme dans cinq ans. C’est toujours plus rassurant d’avoir une réserve indienne », ironise Jacky Ferrand, qui reconnaît que même au conseil d’administration « tout le monde n’est pas très chaud ». « Il y a un accord sur le fond mais certains considèrent cet objectif comme une utopie car les familles sont toujours en grande difficulté. Il faut être humble, on a le mérite d’exister et on a fait, mais pas tant que ça, et effectivement il reste un sacré boulot », analyse-t-il. « Tout le monde nous dit c’est très bien ce que vous faites, mais personne ne veut reprendre ! », réagit Georgette Charvière, qui fait partie de ceux qui sont beaucoup moins optimistes.

Ce qu’elle redoute avant tout c’est que l’affichage haut et fort de l’intention de fermer serve de caution à un désengagement de partenaires institutionnels… et provoque une chute précipitée du centre social. « Il y a un risque évident à ce que 9 familles sur 10 fassent marche arrière aussitôt et deviennent réellement des cas sociaux. Les associations et services environnants ne sont pas à même d’absorber ces familles encore loin de l’autonomie, estime-t-elle, soucieuse de ne pas non plus verser dans l’angélisme. La culture des voyageurs a parfois bon dos. On ne peut tout excuser en son nom car les gens du voyage sont les premiers à la mettre en avant quand cela les arrange ou à la renier aussi. Mais elle existe. Ils sont différents de nous avec un grand D. C’est une communauté d’une extrême diversité et d’une extrême unité. Et c’est très fatigant pour le travailleur social ! ».

Lilian Jousson, maire de Louzac Saint-André, président de la commission logement et cadre de vie et gens du voyage à la communauté de communes de Cognac, ne cache pas non plus ses appréhensions. Cet élu de droite, sans a priori, a largement aidé à ce que la problématique des gens du voyage soit plus pacifiée et étudiée par les élus… Le centre a trouvé en lui un contact de poids. S’il adhère au principe que le centre s’oriente sur l’accompagnement, il souhaiterait surtout que cette démarche soit partagée et étendue sur le département avec les communautés de communes ou d’agglomération voisines comme celle d’Angoulême… difficile en effet de traiter de façon isolée la question des gens du voyage.

Mais il mesure aussi combien il reste mal aisé de faire place à la question des gens du voyage sans être otage de guerres politiques ou sujet à ostracisme… « La grande réussite du centre social c’est qu’on a réussi à faire en sorte que tout le monde, services, administration etc. se soit mouillé sur la problématique. Mais il est certain que la motivation est aléatoire », reprend Georgette Charvière, persuadée que cette dynamique, même pondérée des uns et des autres, ne perdurera pas sans le centre comme aiguillon.

Un acte militant

« Il ne s’agit pas d’être jusqu’au-boutiste mais d’agir avec notre conscience. On a un projet, du sens, si on ne fait pas ça aujourd’hui, on ne le fera jamais et les différentes institutions et partenaires ne bougeront pas », insiste et précise Jacky Ferrand, plus militant que jamais… « Le problème des centres sociaux aujourd’hui d’une façon générale, c’est de boucler les budgets et de faire le budget prévisionnel pour l’année suivante. Notre but, c’est de faire perdurer les moyens pour que ces familles s’intègrent dans la société dans le respect de leur culture. Il faut entrer dans le droit commun sinon on reste sur le court terme, on ne fait que de la pose de rustine », critique-t-il car il ne supporte plus d’aller passer le temps qu’il peut accorder au centre à devoir aller pleurer pour de l’argent alors qu’il est « venu pour donner du sens à un engagement ».

« Notre problème est commun au travail social : on a travaillé sur les conséquences mais très peu sur les causes et on n’a donc pas forcement changé les mentalités de nos partenaires », développe Serge Lebreton. « On est donc toujours sur quelque chose de fragile. On n’a pas assez travaillé sur la cohabitation, la compréhension etc. », se remet-il en cause. « Il y a désormais une prise en compte de ces populations mais manque encore la volonté…, conclut à son tour Georgette Charvière. Il y a un sentiment d’impuissance qui me dérange. Quand on dit on va fermer, on entend : « Oh ce n’est peut-être pas le bon moment », comme a pu le dire le président du conseil général… mais quand ? ».


[1Centre social intercommunal les Quatre routes - 26 rue Boussion - 16100 Cognac. Tel. 05 45 82 02 83

[2Le nouveau contrat de projet 2005/2009 doit être révisé fin 2005 avec la CAF

[3Via la location de voitures à prix réduit, co voiturage, auto-école sociale, etc.

[4Financé à moitié par le conseil général et les communes ou communautés de communes adhérentes