N° 956 | du 14 janvier 2010

Faits de société

Le 14 janvier 2010

Le logement, une plaie de plus en plus ouverte

Joël Plantet

La situation empire et les réponses n’en sont pas. La réquisition n’est pas appliquée, la loi DALO est bafouée, l’aide de l’État au logement social a diminué comme peau de chagrin. Des états généraux du logement se profilent

« Bonne année 2010, que tous soient logés dignement » : cette année, l’association Droit au logement a adressé ses vœux en cinquante langues. Sera-t-elle pour autant davantage entendue ? Cruciale, cette question ne paraît pas, malgré les bonnes intentions, en voie de résolution.

D’ici le 1er avril, chaque département devra établir pour les cinq années à venir un plan départemental d’accueil, d’hébergement et d’insertion (PDAHI) des personnes sans domicile, couvrant l’ensemble des places d’hébergement, d’accueil de jour, de logements temporaires, de centres d’accueil pour demandeurs d’asile et de services d’accompagnement social. Un référent personnel pour chaque demandeur, un recensement informatique des demandes et des offres, un service intégré de l’accueil, de l’évaluation et de l’orientation des personnes sans abri devrait, estime la loi, changer la donne. Vraiment ? La finalisation de ces nouveaux PDAHI est prévue pour fin mars.

Les associations évaluent le nombre des « très mal logés » à trois millions et demi et les sans-abri à 100 000 personnes. Pour la seule année dernière, au moins 358 personnes SDF – recensées par le collectif des Morts de la rue – sont mortes dans la rue. En hommage symbolique, fin novembre, le collectif avait dressé en plein Paris un cimetière éphémère de plusieurs centaines de tombes de draps blancs. Par ailleurs, une enquête de l’Observatoire national du 115 pointait mi-décembre 37 % de demandes insatisfaites. À la même époque, une autre enquête du Samu social établissait qu’un SDF sur trois souffrait de troubles psychiatriques sévères (un quart de cette proportion n’ayant pourtant jamais eu accès aux soins) ou d’addictions…

L’Insee a recensé 133 000 logements vacants en Ile-de-France

En décembre, 2200 habitants de bidonvilles ont été expulsés dans la seule Île-de-France, sans qu’aucune solution ne soit proposée. Vingt-cinq associations avaient demandé à l’État la suspension de toute nouvelle expulsion et l’organisation d’une table ronde régionale… En vain. Dans une lettre du 6 janvier, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, proposait au Premier ministre qu’« une part significative du grand emprunt » soit consacré à la réalisation de logements sociaux.

En fin d’année, une délégation composée de militants et personnalités (Jacquart, Balasko, Gaillot…) s’était rendue à l’Élysée pour déposer une centaine de demandes de réquisition et une liste de vingt immeubles vacants, en dénonçant une loi inappliquée. Elle se voyait refoulée. C’est pourtant l’application de ce texte qui avait permis, il y a quinze ans, l’investissement d’un millier de logements parisiens appartenant à des banques ou à des compagnies d’assurance, à la suite de l’occupation dite « de la rue du Dragon ». Promulguée en 1945, cette loi permet d’installer dans des logements vacants depuis plus de six mois des personnes mal logées ou sans logement. En 2006, l’Insee avait recensé 133 000 logements vacants en Île-de-France, dont 122 000 à Paris. Il y en aurait 1,8 million en France.

Pour dénoncer une loi DALO « piétinée », les associations concernées avaient aussi organisé une « marche de Noël » : 15 000 ménages franciliens, dont dix mille parisiens, reconnus prioritaires, attendent le déblocage de la situation. Des états généraux du logement doivent se tenir en mai. Il y aura du pain sur la planche : le 5 janvier, Le Parisien estimait à 1,2 million le nombre de dossiers de demandes de logement social en souffrance, contre 850 000 en 1996. Avec la crise, la demande ne peut que continuer à augmenter. Et, malgré les annonces vertueuses, l’aide de l’État à la construction de HLM a régressé en six ans de 7000 € à 2000 € par logement.