N° 812 | du 12 octobre 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 12 octobre 2006

Le haut niveau est très exigeant

Propos reccueillis par Frédérique Arbouet

Entretien avec Jean Minier, responsable de la section compétition de la Fédération française handisport.

Comment sont détectés les sportifs de haut niveau ?

La détection du haut niveau se fait à l’échelon national. Chaque responsable de discipline sportive, en fonction des résultats obtenus une fois la saison écoulée, fait des propositions d’accès à la liste des sportifs de haut niveau. Des arbitrages ont lieu au sein de la fédération avant transmission de nos propositions au ministère. Pour 2006-2007, la FFH compte environ 230 athlètes de haut niveau [1].

Comment la FFH prend-elle en charge les compétitions ?

Nous prenons en charge les compétitions dites de référence, c’est-à-dire les championnats du Monde, d’Europe et celles qualificatives en équipe de France. Une prise en charge qui englobe l’inscription, le transport et l’hébergement. Mais certaines épreuves ne donnent lieu qu’à une prise en charge partielle, comme le championnat du Monde d’escrime où une partie reste à la charge des clubs. Cela représente des moyens importants [2], car le haut niveau est très « gourmand ». Certains pays abusent, réclamant jusqu’à 150 euros par compétiteur et par jour pour la seule inscription. Et la fédération internationale (l’IPC, International paralympic comittee, ndlr) n’a pas les moyens de faire respecter les règles normalement en vigueur.

Le haut niveau handisport est-il homogène ? Constitue-t-il un vecteur d’intégration ?

Le haut niveau, chez nous, est composite, fait de réalités très diverses en fonction des disciplines sportives et des différents types de handicaps. Sur 4000 compétiteurs, 230 sont sportifs de haut niveau. Et sur ces 230, j’ai 120 dossiers à traiter, entre les recherches d’emplois, les CIP, les formations… Au delà des dispositifs existants, je constate que les athlètes qui sont le plus dans la panade chez nous sont ceux qui travaillent, paradoxalement, dans la fonction publique. Car les décrets d’application de la loi de 84 pour la fonction publique n’ont jamais été promulgués… or l’État ne peut se verser de l’argent à lui-même. Nous avons des gens au Trésor Public qui ne peuvent bénéficier d’aucun aménagement alors qu’ils y auraient droit en travaillant dans le privé. La négociation dépend de la bonne volonté du chef de service et il faut parfois en appeler au ministère concerné… De manière générale, la culture du haut niveau chez nous est compliquée. Car il nous faut réfléchir non seulement en termes de projet sportif, mais aussi professionnel, personnel, de santé, affectif, familial… sachant que le haut niveau est extrêmement exigeant. Or la pratique handisport s’internationalise de plus en plus et la barre est de plus en plus haute. Ce qui veut dire davantage de sélections, d’épreuves de référence et donc encore plus de disponibilité, d’entraînements. Il y a quelques années, peu d’athlètes handicapés manifestaient leurs difficultés à concilier sport et travail.

Aujourd’hui, j’ai cent vingt dossiers sur mon bureau… Les difficultés d’intégration sont récurrentes. Prenons par exemple le niveau d’études : le monde du handicap est encore marqué par la pesanteur du milieu spécialisé, pas toujours stimulant en termes d’études, sans oublier que des retards scolaires sont dû aussi au temps pris par les soins. Les sportifs avec bac + 3 n’ont pas de problèmes pour trouver du travail. Les personnes sous-qualifiées, par contre, ont plus de difficultés. Mais le sport a toujours un impact positif : sur le plan professionnel, ce sera plus facile pour les personnes très médiatisées. Mais même pour celles qui le sont moins, le sport procure autonomie et dynamisme, qui sont des atouts importants.


[1La Fédération française handisport (FFH) compte 15 000 licenciés, regroupe 30 000 participants autour de plus de 40 sports de loisirs et de compétition, dont 20 paralympiques et fédère plus de 600 associations. Sa mission consiste à promouvoir le sport et les activités physiques auprès des personnes handicapées (moteur et/ou visuelle).

[2Le haut niveau absorbe environ 1 million d’euros par an, soit 70 % du budget total de la FFH, car il concerne de nombreuses disciplines et différents handicaps. À titre d’exemple, pour un 100m en athlétisme, les valides courent deux finales, hommes et femmes. En handisport, il y en a 12… La FFH est financée à 50 % par l’État, de 35 à 40 % par les partenaires économiques (EDF, Société Générale…), les autres recettes provenant des licences des adhérents.


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