N° 753 | du 19 mai 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 19 mai 2005

Le handicap, un chantier vraiment prioritaire

Joël Plantet

En juillet 2002, Chirac avait annoncé que le handicap constituait un des trois chantiers prioritaires du quinquennat. Qu’en est-il presque trois ans après ? De médiatiques États généraux appellent aujourd’hui à une « mutation culturelle » et à une « désinsularisation » du handicap

L’actualité du secteur du handicap est parfois soit polémique, soit législative. Quelques jours avant la fameuse « journée de solidarité » du lundi dit de Pentecôte, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) était installée — le 2 mai dernier — avec un budget de 15 milliards d’euros consacrés « au financement de la dépendance » (une mission spécifique doit être confiée à la Cour des comptes ces prochains jours).

Du côté des textes récents, la centaine d’articles de loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées était enfin votée le 11 février, après deux ans et demi de discussions. Un de ses volets garantit le libre choix du projet de vie : régime de l’allocation adulte handicapé (AAH) réaménagé, nouveaux avantages à partir du 1er juillet prochain, nouveau dispositif de rémunération pour les travailleurs handicapés mis en place à compter de 2006, etc. [1]… Autre actualité législative récente, trois milles places supplémentaires d’établissements et services d’aide par le travail (ESAT, nouvelle appellation des anciens CAT) doivent être financées cette année, dans le cadre d’une campagne budgétaire fraîchement lancée.

La cause du handicap est appelée à résonner de plus en plus fort. Installé le 23 mars 2003 par Jean-François Mattéi, alors ministre de la Santé et Marie-Thérèse Boisseau, secrétaire d’État aux Personnes handicapées, un Conseil national Handicap : sensibiliser, informer, former (CNH), se propose ainsi de promouvoir les situations d’interaction entre tous les citoyens. Il est aujourd’hui soutenu par près de 150 personnalités du monde artistique et sportif, des chefs d’entreprise, journalistes et responsables de médias, chercheurs et médecins, responsables associatifs et institutionnels [2].

Dans un rapport au Président de la République « sur les citoyens en situation de handicap à l’usage de ceux qui le sont et de ceux qui ne le sont pas », Julia Kristeva, présidente du Conseil, avait estimé qu’une société se définit par la façon « dont elle institue son idée de la normalité et, en conséquence, par la considération qu’elle porte aux fragilités des affaires humaines ».

Des états généraux pour une meilleure visibilité du handicap

« Replacer le handicap, comme toutes les autres formes de vulnérabilité, dans l’ordinaire d’une existence humaine » : ce 20 mai, le CNH organisait des états généraux à l’Unesco, sous-titrés Le temps des engagements.

L’important est que tout cela ne reste pas vœu pieux. Quelques assertions bien senties ont permis de développer des pistes pour différents forums : vivre une situation de handicap ne minore pas, mais augmente l’exigence de créer pour chacun les conditions d’exercice d’un réel pouvoir sur sa vie, comme individu et comme citoyen (rubrique vie autonome et citoyenne). La façon dont une société intègre ceux qu’elle considère comme « différents » traduit les valeurs qui la fondent (vie, santé, éthique et déontologie).

Chacun doit être reconnu dans sa capacité singulière à désirer et rencontrer l’autre (vie affective, familiale et sexuelle). Il s’agit de faire confiance aux capacités de production des personnes en situation de handicap dès lors qu’on leur accorde « de faire œuvre de leurs mains et de leur esprit » (vie professionnelle). L’école de la République est l’école de tous les enfants de la République (vie scolaire). Les lieux d’éducation, les institutions culturelles et artistiques reconnaissent pleinement que ce qui fait l’art, c’est sa puissance d’ébranler la norme (vie artistique et culturelle). L’accès de chacun selon ses choix aux pratiques sportives, à l’école, en loisirs ou en compétition permet de briser les barrières de l’exclusion (vie sportive et loisirs). Vivre en situation de grande dépendance n’abolit pas le droit de chacun à réaliser son propre projet de vie, soutenu par sa famille, ses proches et des professionnels compétents (vie digne et grande dépendance).

Chacun de ces huit forums doit déboucher sur la rédaction « solennelle » d’un engagement « concret ». Des dialogues entre personnes en situation de handicap et de nombreuses personnalités politiques et médiatiques devaient avoir également lieu.

Mais concrètement ? Un calendrier de réalisations et d’engagements — initiatives ou projets divers — doit être mis en réseau. Une campagne médiatique et une campagne pédagogique auprès des scolaires doit se poursuivre. Par ailleurs, les huit engagements pris se verront en principe relayés par les « acteurs influents de la société civile » qui s’y seront impliqués. Dernier temps, le Conseil s’engage à accompagner, dans les régions, la mise en acte de ces engagements. Deux propositions ont d’ores et déjà émergé : la création d’une fonction de médiateur national, « vigile des droits les plus vulnérables », et la proposition d’un Institut national de formation, de recherche et innovation sur le handicap (IFRI). À suivre.

D’autres initiatives existent : l’association Futur composé organise ainsi le 25 mai, à Paris, une soirée intitulée Autistes, artistes, une lettre de différence, réunissant de grands artistes de cabaret et de jeunes autistes musiciens, présentée par Shirley et Dino [3]. Avec les fonds recueillis, l’association ouvrira un lieu dédié aux projets artistiques de jeunes autistes et à leur promotion.


[1Voir à ce sujet le dossier juridique de Travail social actualités n° 1018 du 29 avril 2005

[2Conseil national « Handicap : Sensibiliser, Informer, Former » - CRHES Université Lumière Lyon 2-16 quai Claude Bernard 69365 Lyon cedex 07. Tél : 04 78 69 73 62.
www.etatsgenerauxhandicap.net

[3Organisé par Beautiful world - 23 rue Paul Éluard - 93000 Bobigny. 1400 places vendues à 15 et 25 € auprès des points de vente classiques