N° 840 | du 10 mai 2007 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 10 mai 2007

Le combat des associations pour leur survie

Joël Plantet

Depuis quelques mois, les associations d’un département francilien se sentent en voie d’asphyxie. Devant le silence persistant des pouvoirs publics, un rapport de force s’est engagé

Il n’est pas anodin que le débat télévisé Royal-Sarkozy ait dérapé la semaine dernière sur la question du handicap. Les pouvoirs publics déclinent leur action en termes d’innovation, de défis relevés, d’insertion réussie, de solutions personnalisées, de dignité et d’autonomie. Pourtant, sur le terrain, les associations rappellent régulièrement les difficultés qu’elles rencontrent. Ainsi, un collectif mène-t-il un combat pour maintenir les moyens de leur fonctionnement : impulsé en octobre 2006, il est composé de dix-neuf associations gestionnaires de l’Essonne et représente 2 300 postes équivalents temps plein, environ 3 100 résidents — enfants et adultes, accueillis dans cinquante et un établissements —, et plus de 4 000 patients pris en charge dans dix centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP). Sa charte précise ses principaux objectifs : renforcer la représentativité des associations vis-à-vis des autorités de tutelle et conduire des actions d’intérêt commun (art. 2).

L’histoire est à la fois simple et complexe. En fin d’année 1999, la plupart des établissements avaient signé des accords d’aménagement et de réduction du temps de travail (ARTT) : les lois Aubry prévoyaient une réduction du temps de travail de 10 %, compensée par la création d’emplois à hauteur de 6 %. Pour la financer, des aides de l’État étaient prévues sur cinq ans : à ce terme, la réorganisation du travail dans les entreprises était censée générer un gain de productivité permettant la pérennisation de ces postes. Mais, expliquent les associations, « quand la compensation du passage aux 35 heures s’est traduite par des créations de postes, c’est le nombre de salariés qui a été augmenté, non le temps accordé aux personnes accueillies. Au contraire, il s’en est fallu de 4 % du temps total irrémédiablement perdu alors que le taux d’encadrement était déjà notoirement insuffisant, tout particulièrement dans les établissements qui accueillaient les personnes le plus gravement handicapées ».

Cette logique, poursuit le collectif, « est par définition étrangère au travail d’accompagnement et de soin spécifiques au secteur médico-social ». La direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) reste sourde aux demandes réitérées. L’inquiétude et le déficit s’accroissent : que vont devenir les postes en question ? Que ce soit pour les usagers, les parents, les salariés ou les associations gestionnaires, la suppression ou le non remplacement de postes équivaut à une baisse de qualité du service rendu d’autant plus paradoxale que la loi de 2002 demande à ce que les personnes prises en charge soient placées « au centre du dispositif ». L’État, en somme, demande aux associations d’augmenter le nombre de personnes accueillies pour accroître le financement permettant le maintien des postes menacés, ou de remplacer les départs à la retraite par des salariés débutants ou en emplois précaires…

Ce 12 mai, une nouvelle mobilisation est convoquée

Les besoins pourtant ne cessent de croître : or 455 000 heures de travail par an auprès des handicapés — soit l’équivalent de 250 postes — risquent de se voir supprimées dans le département, alors que, selon les associations gestionnaires, « l’insuffisance des effectifs des personnels est déjà criante » [1]. Celles-ci pointent des paradoxes : depuis 2005, la loi préconise l’intégration scolaire des enfants handicapés, mais les effectifs d’enseignants spécialisés et les aides à la vie scolaire sont menacés. Malgré leur nouvelle appellation (ESAT, établissements et services d’aide au travail), les centres d’aide par le travail (CAT) sont de plus en plus frappés par le chômage… Certaines maisons d’accueil spécialisées (MAS) souffrent encore de conditions d’hébergement déplorables… Etc.

Le 9 novembre 2006, un premier rassemblement avait eu lieu à Arpajon (photo). Une audience au ministère de la Santé n’a, le 31 janvier dernier, débouché sur aucune solution concrète… Le député local est intervenu en mars auprès de la DDASS de l’Essonne, se voyant répondre sur « les inégalités entre gestionnaires concernant le suivi du dispositif, certains ayant su anticiper la fin des aides financières, d’autres non » ! Assertion rejetée par le ministère lui-même, celui-ci rappelant que la résolution de cette question dépendait essentiellement de la dotation affectée.

C’est pourquoi ce 12 mai (15 heures devant le ministère de la Santé - 8, avenue de Ségur - 75007 Paris), une nouvelle mobilisation est convoquée, cette fois – ci en présence des personnes handicapées (avec l’accord des familles). Selon le président de l’APAJH joint quelques jours avant, « deux à trois mille personnes devraient y participer ». Un courrier adressé aux élus de l’Essonne en avril les a invités à y participer : « Votre présence aux côtés des personnes en situation de handicap serait un symbole fort au moment où leur insertion sociale et citoyenne ne doit pas rester au niveau d’un simple effet d’annonce, d’une simple déclaration d’intentions »…


[1Contacts : APAJH 91 - Tél. 01 60 91 75 15. Papillons blancs - Tél. 01 69 02 12 80. ADPEP 91 - Tél. 01 69 11 46 91