N° 833 | du 22 mars 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 22 mars 2007

Le SDAPP vu par des professionnels

Jacques Trémintin

Nous avons rencontré un groupe de professionnels avec lesquels nous avons pu dialoguer librement, hors de la présence des conseillères du SDAPP. Il s’agit d’un petit échantillon qui n’a aucune valeur représentative mais qui a néanmoins des choses à dire. Sur le vif

Comment ces professionnels ont-ils perçu la volonté de l’administration de répondre aux besoins d’accompagnement ? « On a le sentiment d’avoir été entendu, même si c’est en décalé. L’institution semble avoir pris conscience de l’essoufflement des travailleurs sociaux », nous dit d’emblée l’assistante sociale de secteur. « On sent la volonté du conseil général d’associer les agents au changement », confirme la chef de service éducatif. « C’est l’ambiance générale qui a changé : il y a des gens qui ont envie que ça bouge », constate la coordinatrice de site. Déclinant les différentes missions du SDAPP, nous abordons d’abord le tutorat. « La création du tutorat a répondu aux besoins de professionnels », affirme l’assistante sociale. « Auparavant, on était lâché sur le terrain sans grand accompagnement. On pouvait toujours solliciter les collègues. Mais quand on était confronté à des gens débordés, on n’osait pas aller vers eux. Le tutorat est un dispositif souple qui offre une aide sans la rendre contraignante. » (chef de service social). « Je suis passée d’un poste sur le terrain à une fonction de chef de service du vendredi soir au lundi matin. Bien que j’aie postulé pour ce poste, je n’étais pas vraiment préparée. Je me sentais nulle et incapable. Le tutorat dont j’ai bénéficié m’a beaucoup aidée. » (chef de service éducatif)

Est-il facile de reconnaître ses fragilités et de les avouer publiquement ? Nous postulons que non. Les réponses confirment notre hypothèse : « On a l’habitude de se blinder et de se considérer comme indestructible », explique la coordinatrice de site. « On pense qu’on va y arriver toute seule, qu’on va réussir à remonter la pente », renchérit la puéricultrice. « J’ai étonné mon équipe quand je lui ai expliqué avoir été moi-même utilisatrice du SDAPP », avoue la chef de service éducatif. « C’est pourtant tellement évident qu’un professionnel qui prétend tenir tout le temps n’est pas un bon professionnel », conclut la chef de service social. Le constat est donc clair : il n’est pas dans la coutume d’avouer ses difficultés. Et quand finalement un travailleur social vient à craquer, les collègues ne semblent pas les mieux placés pour l’aider : « On est formée à l’écoute, mais c’est difficile d’écouter une collègue. Il faut, pour y arriver, être plus distanciée », explique l’assistante sociale de secteur. « On se croit bien placée pour aider quelqu’un de proche. Nos attaches affectives permettent certes d’écouter mais pas de faire réfléchir et de faire travailler sur sa problématique », confirme la chef de service social.

Se pose dès lors la question de savoir si l’écoute individuelle proposée par le SDAPP est efficace aux yeux des professionnelles. La chef de service éducatif est enthousiaste : « J’ai sollicité un soutien individuel. Cela a représenté pour moi un espace salvateur et porteur. Je ne voulais pas d’un maternage, d’une empathie ou d’un cocooning, mais d’une aide au cheminement. Quand je suis rentrée dans le bureau de la conseillère, elle a commencé par poser le paquet de kleenex sur le bureau. Ce qui m’a beaucoup marquée, c’est la qualité de l’accueil que j’ai reçu. Cela a rejailli sur ma propre façon d’accueillir. La routine et la charge de travail peuvent peser sur notre façon de faire. Avoir été usager d’une relation d’aide peut aider à se remettre en cause. » Prudente, la secrétaire a fini par se laisser tenter : « Au départ, on ne voyait pas ce que cela pouvait nous apporter. Puis, je me suis rendu compte qu’on ne sait pas toujours où et comment déposer l’agressivité qu’on reçoit parfois. Je me suis décidée à prendre contact. » L’assistante sociale de secteur en a parlé autour d’elle avant de venir à la rencontre : « Pour les uns, la réponse apportée a permis de cheminer.

Pour d’autres, elle n’a pas convenu. Pour d’autres encore, le SDAPP sollicité n’a pas donné suite, considérant que ce n’était pas de sa compétence. » Que peuvent-ils dire des groupes d’expression ? La puéricultrice nous parle longuement de ce qu’elle y vit actuellement : « Au début, il y avait beaucoup de méfiance. Nous avons eu des échanges houleux par rapport aux comptes rendus que la conseillère nous proposait de rédiger. On voulait savoir à qui ils seraient diffusés. Les premières séances ont été envahies par la plainte. On avait peur qu’on s’y enferme. Bien sûr, cela faisait du bien de se déverser. Mais, on sortait de la séance plus déprimée qu’on y était entrée. Puis, cela a évolué.

Aujourd’hui, les échanges ont gagné en sérénité. Il arrive que des situations très dures soient évoquées. Mais la confiance qui a pu s’établir au sein du groupe permet de nous soutenir mutuellement. » Cette évolution positive est confirmée par la chef de service éducatif : « Un agent a voulu me parler de la façon dont elle vivait ce groupe d’expression. Je lui ai dit qu’elle n’était pas obligée de le faire. Elle a insisté. Elle m’a expliqué qu’après les premières séances, elle a voulu se casser. Aujourd’hui, elle en est à la septième séance : elle appréhende surtout quand ça va s’arrêter. » Comment nos professionnelles voient-elles l’avenir du SDAPP ? « Il faut que ce service fasse ses preuves. Il est en train de naître », affirme l’assistante sociale de secteur. La coordinatrice de site répond sur le même ton : « Le SDAPP doit construire sa crédibilité en tenant compte des peurs et des résistances. » Informer et convaincre reste encore et encore nécessaire pour l’infirmière : « Tous les chefs de service n’ont pas compris l’utilité du SDAPP. »


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