N° 755 | du 2 juin 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 2 juin 2005

Le CCAS de Fécamp, un programme chargé et varié

Katia Rouff & Joël Plantet

Si le centre communal d’action sociale de Fécamp en Seine-Maritime consacre la majorité de son budget au service gérontologie, il met un maximum d’énergie dans le secteur de l’action sociale

L’équipe du centre communal d’action sociale (CCAS) de Fécamp semble effervescente et passionnée [1] . « L’air iodé nous dynamise et nous rend un peu fous », plaisante Jean-François Rottier son directeur. Par exemple, le mercredi, La Maison du Port, l’un des deux centres sociaux gérés par le CCAS, fourmille d’activités. Les enfants visionnent un film sur écran géant, des familles se retrouvent à l’accueil parents-enfants, des jeunes au point information jeunesse, à l’Espace santé ou au pôle vidéo, des adultes dans la salle informatique. De grandes fresques réalisées par les jeunes grapheurs issus du centre social et aujourd’hui regroupés dans l’association Arts hétéroclites, égaient l’extérieur.

Une ville qui a su rebondir après la crise économique

Fécamp compte 21 000 habitants. Longtemps florissante grâce à la grande pêche, aux entreprises de textile et à la fabrication de la liqueur Bénédictine, la ville proposait du travail à tous. Avec le choc pétrolier de 1974, elle a brusquement changé. « Non préparée à cette crise économique, elle est devenue dépressive », évoque Jean-François Rottier « les élus de l’époque n’avaient pas anticipé les choses et ont mal réagi ». Entre 1975 et 1989, le chômage a touché 20 % de la population. Peu mobiles, non qualifiés, les Fécampois n’étaient pas préparés à l’exercice d’autres métiers. « Le chômage a provoqué de nombreux problèmes d’alcoolisme et de dépression », poursuit le directeur.

Puis l’arrivée de la gauche à la mairie en 1990 a redonné un coup de fouet à la ville. « L’élection de Frédérique Bredin, — déjà ministre – comme maire a provoqué un électrochoc. Venue d’ailleurs, elle a apporté des moyens d’expertise, des outils adaptés à une ville sinistrée. L’équipe municipale a appliqué au mieux la politique de la Ville, par le biais du développement social des quartiers (DSQ) et des contrats de ville. Ces dispositifs ont permis de développer les réseaux existants, la formation et la qualification ».

Pourtant les choses ne semblaient pas faciles. « Le Pays de Caux est un plateau, l’organisation des villes et des villages ne favorise pas la communication, le cauchois est un taiseux, poursuit Jean-François Rottier. Pourtant, malgré ce côté taiseux, les gens s’impliquent. Ici le tissu associatif est très riche, Fécamp compte plus de 250 associations ». Le Contrat de ville a permis de monter de nombreux microprojets dans le domaine du logement, du transport et de la prévention. La ville a privilégié le travail avec les chantiers d’insertion et largement utilisé les contrats aidés. Le tourisme s’est développé, l’action du CCAS également. En 2005, le taux de chômage a retrouvé une moyenne moins catastrophique à 11 %.

Les personnes âgées et l’action sociale

Aujourd’hui, l’action du CCAS se découpe en deux grands domaines d’activités : la gérontologie et l’action sociale. Pour les personnes âgées, le CCAS gère un service d’animation, six résidences, une maison de retraite, des services d’aide au maintien à domicile (120 aides ménagères et autant d’emplois familiaux), de portage de repas et de télé assistance. Il consacre la moitié de son budget à la gérontologie. Les activités sont traditionnelles, les rencontres intergénérationnelles privilégiées. Le service animation a tout de même reçu un label national pour la qualité de son travail sur la mémoire. Un échange entre vieux marins Fécampois et vieux mineurs Hongrois a abouti à un jumelage et reçu un label européen. À l’avenir, le CCAS souhaite proposer des appartements en ville aux personnes âgées pour éviter l’effet « ghetto » des maisons spécialisées dans le troisième âge.

L’action sociale comprend le service social, deux centres sociaux et un club de prévention. Le service social instruit 150 dossiers RMI sur les 600 Rmistes que compte la ville. « Nous proposons également l’aide aux démarches administratives, le dépannage d’urgence par le biais de tickets service et de tickets de bus, assurons le relais auprès d’associations caritatives locales, traitons les problèmes de surendettement, proposons les aides facultatives diverses… », souligne Muriel Viel, l’une des trois assistantes sociales qui composent le service.

Elles suivent sept cents familles par an. La grande majorité des personnes reçues sont célibataires, les familles monoparentales ou couples avec enfant (s) étant plutôt orientées vers les services du conseil général. Le service social met également en place divers ateliers d’expression en direction des personnes isolées ou très éloignées de l’emploi. L’atelier socio esthétique par exemple aide la personne fragile à se réconcilier avec elle-même. Le service social travaille en partenariat avec les autres structures, notamment les centres sociaux et le club de prévention pour les jeunes en rupture.

Cette jeune structure, créée voici deux ans, compte trois éducateurs. Elle intervient dans la rue sur deux quartiers de la ville auprès des jeunes de 12 à 25 ans. Le conseil général la finance à 90 % et le CCAS la pilote. Elle propose un accompagnement éducatif aux jeunes avec pour objectif leur inscription dans les dispositifs de droit commun, organise des activités régulières (escalade, squash, bricolage…), des camps et favorise la participation des jeunes au montage des projets. Elle accompagne également les familles et travaille en lien avec tous les partenaires de la ville, notamment les deux centres sociaux gérés par le CCAS et les associations d’insertion.

Pourtant tous les besoins des jeunes ne sont pas couverts : «  Beaucoup ne possèdent pas le permis et ont des problèmes de mobilité. Par ailleurs, l’offre de formation est insuffisante. Nous travaillons sur ces problèmes, mais il manque des maillons dans la chaîne partenariale », souligne Sophie Dupont, éducatrice spécialisée.

Pour les mener à bien, deux cent seize agents, majoritairement contractuels, sont attachés aux missions du CCAS. « D’année en année plus qualifiés, ils contribuent à distribuer à chaque service des gages de professionnalisme », souligne le directeur.

Privilégier la consultation et la participation des publics

« On ne soupçonne pas le potentiel des gens », s’enthousiasme Stéphane Levieux, directeur de La Maison du Port. Comme le reste de l’équipe du CCAS, il défend la consultation des usagers et l’aide à la participation. « Le directeur de la caisse d’allocations familiales nous a repérés grâce au fonctionnement de la Maison de quartier du Ramponneau. Nous avions rencontré les habitants par blocs d’immeubles, les avions amené à participer à des réunions avec les élus. Même si ce processus est long et difficile, nos actions sont réalisées en fonction des désirs de la population. Nous avons ainsi obtenu la confiance des financeurs et la gestion d’un second centre social », explique-t-il. Et Jean-François Rottier d’insister : « Les centres sociaux ont maintenant différents collèges : usagers, associations, jeunes, institutions ». Dans les résidences pour personnes âgées, le conseil de maison a été mis en place récemment. Il crée des échanges, mais l’équipe reconnaît qu’il « n’est pas hyperdynamique ». Gageons que cela va rapidement changer.


[1CCAS - Place du Général Leclerc - Résidence des Ducs de Normandie - 76400 Fécamp. - Tel. 02 35 10 40 60


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