N° 916 | du 12 février 2009

Faits de société

Le 12 février 2009

Laissez vivre le planning familial !

Joël Plantet

L’interruption de grossesse, dont les conditions d’accès sont moins faciles, devient un droit fragile et menacé. L’État se désengage brutalement : le planning familial se voit amputé d’une moitié de ses budgets

Dans les années 80, les « survivants », comme ils aiment se nommer, avaient adopté des méthodes violentes, s’enchaînant aux tables d’opération en scandant des slogans radicaux devant celles qui voulaient interrompre leur grossesse. Un peu plus soft aujourd’hui, policée et mieux organisée, comptant des soutiens politiques importants (comme Christine Boutin, ministre du Logement), la mouvance anti avortement fait encore parler d’elle… Parfois, des « helpers » bénévoles se postent devant les cliniques pour dissuader les femmes d’avorter ; le 25 janvier, une « marche pour la vie » a rassemblé plusieurs milliers de manifestants ; quelques semaines avant, le 11 novembre, des exaltés avaient clamé, au Trocadéro, leur haine de Simone Veil…

Des candidats « pro-vie » seront présents cette année aux élections européennes. Autre exemple : sorti en salles en novembre dernier, l’excellent docu-fiction de Claire Denis, Les bureaux de Dieu, retraçant les vies de plusieurs femmes à travers le regard de cinq conseillères, se voyait déprogrammé par l’association catholique propriétaire d’un cinéma de la région lyonnaise. Et la question dépasse nos frontières : le 23 janvier, Barack Obama levait l’interdiction de verser des fonds publics aux organisations pratiquant l’IVG, mettant fin à des décennies d’injustice. Au grand dam du Vatican.

La région parisienne a perdu 50 établissements pratiquant l’IVG

Depuis la loi Neuwirth (1967) autorisant la vente de contraceptifs, l’État se doit d’assurer sa responsabilité pour l’éducation à la sexualité et la prévention. Il devrait donc développer les lieux d’écoute au lieu de les supprimer. Cette année, avec une réduction de 42 % de l’enveloppe affectée à cette ligne – avant une suppression totale en 2010 ! –, un tiers des soixante-dix associations départementales du planning familial (50 ans d’existence, 420 salariés, 450 000 personnes reçues chaque année) se voient menacées de fermeture. Les subventions sont ainsi brutalement passées de 2,5 millions à 1,5 million d’euros.

Qui plus est, un tiers des associations du planning familial sont entièrement dépendantes de l’État, dont l’apport représente parfois entre 75 et 100 % de leurs ressources. Celles-là sont menacées en première ligne. C’est pour ces raisons de survie que les 7 et 27 janvier, la permanence du planning marseillais s’est tenue… dans la rue, devant des locaux symboliquement fermés (cf. reportage de Marjolaine Dihl, LS n°915). Globalement, la raison d’être du planning est bel et bien touchée au cœur, dans sa fonction première de conseil conjugal et familial. Jusqu’à présent, ces subventions permettaient en effet, entre autres, d’indemniser les intervenants bénévoles… à raison de 8 € de l’heure. Mais peu d’interlocuteurs politiques sont qualifiés : la secrétaire d’État chargée du Droit des femmes, Valérie Létard, a été interpellée sur la question.

Lancée par le planning familial le 29 janvier dernier, la pétition « pour la défense du droit à l’information, à l’éducation, à la sexualité pour toutes et tous » a rassemblé en une semaine près de 50 000 signatures. Car le problème reste entier : si 209 700 IVG ont été pratiquées en France en 2006, trop nombreuses sont les femmes à connaître encore des difficultés pour accéder à l’avortement, ainsi que le rappelle le récent rapport de la députée UMP Bérangère Polleti. Et les trois quarts des IVG touchent des femmes de 18 à 35 ans, plus de 14 000 concernant des adolescentes. Dans ce contexte, la seule région parisienne a perdu cinquante établissements pratiquant l’interruption de grossesse – passant de 176 à 126 – en dix ans.