N° 748 | du 7 avril 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 7 avril 2005

La violence et les jeunes, une question à maîtriser

Joël Plantet

Même si, selon un rapport de l’Inserm, les comportements violents des jeunes collégiens et lycéens ont globalement augmenté — principalement dans les lycées professionnels —, il apparaît que les actions de prévention, par exemple dans les zones d’éducation prioritaire, permettent de réduire le phénomène

Baromètre éloquent, la violence scolaire fait l’objet depuis quelques années de toutes les attentions : premières données recueillies par le logiciel Signa depuis 2001, principe d’« école-sanctuaire » vertueusement édicté par Xavier Darcos en 2002, colloques et rapports de toute nature… Des plans successifs ont tenté, depuis 1998, de remédier au problème, dont les principales mesures se sont résumées à l’attribution de nouveaux personnels. Simultanément, les préconisations de partenariats entre école et justice, entre école et police, se sont faites ces dernières années plus pressantes.

Signé d’une sénatrice et d’un inspecteur général de la police nationale, un rapport sur la « sécurité des mineurs » était remis fin mars au gouvernement. Encore une fois, les préconisations touchaient à l’adaptation des réponses éducatives — les actions du secteur associatif y étaient d’ailleurs saluées —, à une meilleure efficacité des services publics, à la prévention de certains risques, par exemple via la PMI ou la lutte contre l’illettrisme.

Mais un autre travail d’envergure a permis de mesurer les profondeurs du phénomène, à partir d’entretiens avec dix-sept mille jeunes de 12 à 18 ans fréquentant 400 collèges ou lycées français, publics et privés. En connexion avec l’enquête européenne Espad (« European school survey project on alcohol and other drugs ») et l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), cette étude de l’Inserm, intitulée Violences des collégiens et lycéens : constats et évolutions, s’est attardée sur les facteurs de risque, et a établi quelques constats plus ou moins surprenants. [1]

Cette « violence des jeunes » recouvre, en premier lieu, des conduites très hétérogènes. Il convient par conséquent de parler « des violences » plutôt que de « la violence » en sachant différencier les comportements : violences verbales, participation à une bagarre, vol d’un objet, dégradation d’un bien public ou privé, acte raciste, coup porté à un professeur ou utilisation d’une arme ne peuvent évidemment pas être mis sur le même plan. Toutefois, tous actes confondus, le taux de répétition d’une conduite violente est assez fréquent : ainsi, une fille sur cinq ayant frappé un professeur durant les douze derniers mois l’a fait au moins deux fois.

Les garçons sont plus violents et plus récidivistes que les filles. Ainsi, les violences graves sont typiquement masculines, car quatre fois plus fréquentes. Néanmoins, les enquêteurs décèlent différentes évolutions : si globalement la violence augmente, surtout en début d’adolescence, pour la majorité des items, elle resterait stable en revanche pour ce qui concerne les « bagarres » et les « coups » chez les filles, ainsi que les « actes racistes » pour les deux sexes…

Un constat complexe

Entre 15 et 18 ans, notent les enquêteurs, la violence se modifie : les violences en groupe remplacent les bagarres individuelles chez les garçons, et les vols se substituent aux violences verbales pour les filles. Par ailleurs, si l’école reste le premier lieu de violence verbale et physique, celle-ci se déplace de plus en plus, avec l’âge, vers l’extérieur.

Quelques caractéristiques sont associées aux violences. Ainsi, les élèves de sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) et de lycée professionnel s’avèrent plus violents que les autres ; en revanche, la différence entre urbains et ruraux reste faible, tout comme — et là est une des surprises du rapport — la différence entre élèves ZEP et non ZEP, ou entre élèves de l’enseignement public ou privé. Bref (constat n° 12), « l’augmentation de la violence n’est pas l’apanage des collèges « en difficulté », bien au contraire ». De plus, la violence des établissements sensibles étant « plutôt stable, voire en diminution », les effets positifs des « actions de prévention, mises en place localement par des professionnels éducatifs, sociaux et de santé » sont ainsi indirectement démontrés.

Autre phénomène, la victimisation, « loin d’être négligeable » : près de la moitié des jeunes ont été victimes de violences verbales dans l’année, 1 sur 5 de coups, 1 sur 7 de vol, 1 sur 10 d’actes racistes, 1 sur 25 de racket… Les filles sont de plus en plus victimes de violences sexuelles, la proportion ayant augmenté de 40 % en dix ans.

Quels sont les facteurs de risque ? En premier lieu, les violences agies et subies s’avèrent « très fortement » associées, l’Inserm évoquant une « liaison en spirale » qui conduit les élèves ayant subi des violences à se montrer beaucoup plus violents que les non victimes. Rappelons en parallèle et toutes proportions gardées qu’un rapport édifiant, intitulé Brutalités et harcèlement physique et psychologique sur des enfants par des personnels du ministère et datant de fin 2004, peut être consulté sur le site de la Défenseure des enfants < www.defenseurdesenfants.fr >.

Globalement, la scolarisation en lycée professionnel et l’absentéisme sont, pour les garçons, clairement facteurs de risque. Mais être très bon élève favorise également les risques de victimisation, de même que, pour le racket, être un garçon scolarisé en lycée professionnel, et souvent absent. À l’inverse, les facteurs de protection se déclineraient ainsi : aimer l’école, avoir de bonnes notes, mais aussi avancer en âge, ce qui diminue le risque de victimisation.


[1Violences des collégiens et lycéens : constats et évolutions, Marie Choquet, Christine Hassler et Delphine Morin, éditions de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, février 2005. À télécharger (3 Mo, 143 pages)