N° 1147 | du 18 septembre 2014

Critiques de livres

Le 18 septembre 2014 | Jacques Trémintin

La trilogie du jeu de vivre

P. Le Rest


éd. L’Harmattan, 2014 (158 p. | 178 p. | 140 p – 16,50 € | 18 € | 14,50 €) | Commander ce livre

Thèmes : Violence, Maltraitance

Pascal Le Rest nous avait déjà proposé une trilogie passionnante sur l’adolescence qu’il avait écrite en plongeant dans sa propre histoire pour illustrer le cheminement de Franck Lombard, son héros. En attendant une nouvelle série à paraître sur l’accès à l’âge adulte, il nous offre ici un second triptyque. Il étend sa mémoire très loin puisqu’il le fait débuter… au berceau. Des bribes de souvenirs, des flashs ponctuels, des scènes marquantes qu’il inclut dans un récit replacé dans le contexte de l’époque, faisant revivre ce que peut vivre et comprendre un tout petit d’homme.

Puis, vient l’enfance proprement dite : le quotidien, l’école, les copains, les premières vacances, la naissance de la petite sœur, les mauvais rêves qui viennent peupler la nuit, le rôle rassurant et sécurisant des parents. Tous les ingrédients sont réunis pour un début d’existence heureux et épanoui. Une histoire finalement banale qui n’aurait peut-être pas mérité d’être racontée, tant elle aurait pu ressembler à tant d’autres itinéraires. Et puis, voilà que tout se détraque. Le ver était dans le fruit : deux parents au parcours douloureux n’ayant connu eux-mêmes ni l’affection, ni la bienveillance et reproduisant ce qu’ils ont vécu : les coups et la dureté comme mode d’éducation.

Dans ce terrain miné, une situation va tout faire exploser : le confinement de la famille dans un espace restreint qui va durer onze années. Ce qui aurait pu être une vie rêvée se transforme bientôt en cauchemar. Violence conjugale, alcoolisation, maltraitance s’installent alors et pour longtemps. Les descriptions de cette brutalité quotidienne ne cherchent ni l’apitoiement, ni l’indignation du lecteur. Elle en appelle bien plutôt à la compréhension de ce qui peut se passer dans la tête d’un enfant confronté à ce type de situation. Exposer son parcours de vie présente le risque de tomber dans une exposition autocentrée et narcissique. Rien de tel ici. Pascal Le Rest réussit, à partir d’un récit singulier, à décrire ce qu’il y a de plus partagé au monde : comment réussir à se construire malgré une éducation présentant bien des dysfonctionnements.

Tout au long des pages, on ne cesse de croiser la violence. Dans le milieu familial qui fonctionne sous la houlette de la toute puissance paternelle. Dans les cours d’école qui confrontent les plus faibles à ce que l’on désigne aujourd’hui comme du «  harcèlement  » et qui semblait alors des plus banals. Dans les relations qu’entretiennent les enseignants avec leurs élèves, volontiers dominées par l’humiliation et le rabaissement. Et pourtant, le jeune Franck va trouver la force de vie, tant en lui qu’en des figures d’identification, pour réussir sa vie… tout comme un certain Pascal Le Rest.


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