N° 948 | du 5 novembre 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 5 novembre 2009

La timide prise en charge du handicap

Joël Plantet

Même si la législation sur le handicap se veut vertueuse, les bonnes pratiques – principalement en termes d’emploi et d’accessibilité – ont du mal à suivre. Les nouvelles échéances vont-elles y changer quelque chose ?

Peu à peu, la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées enregistre ses (timides) effets : le 23 octobre, un décret imposait l’accessibilité aux personnes handicapées à tous les lieux de travail. À partir d’avril 2010, celles-ci doivent pouvoir « y circuler, les évacuer, se repérer, communiquer avec la plus grande autonomie possible ». Néanmoins, l’effet sera limité, dans la mesure où une dérogation est prévue « en cas d’impossibilité technique résultant de l’environnement du bâtiment »… Et le décret sur l’accessibilité des bâtiments existants, lui, n’est toujours pas encore édicté…

À l’occasion de la treizième semaine pour l’emploi des personnes handicapées (SEPH), prévue du 16 au 22 novembre, le fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) a produit une étude intitulée Handicap et travail au cœur de l’entreprise, à partir de l’analyse de cent cinquante situations professionnelles. Une belle proportion des employeurs interrogés (90 %) soulignait la motivation, l’implication, le rôle positif des salariés handicapés dans les équipes de travail. Du point de vue des salariés, le travail est considéré comme un « enjeu fondamental » et se caractérise souvent par un surinvestissement professionnel, et même le sentiment « de devoir en faire plus que les autres ».

Pourtant, de graves questions restent irrésolues : celle de l’aménagement du poste de travail n’est quasiment jamais posée, alors qu’il est nécessaire dans 23 % des situations, lacune entraînant ipso facto un risque d’aggravation du handicap du salarié… Par ailleurs, ni le salarié, ni l’entreprise n’osent « mettre des mots sur le handicap » et cohabitent trop souvent dans une situation de non-dit, voire d’incompréhension, alors que l’intégration du handicap doit être considérée « comme une donnée professionnelle parmi d’autres ». Il s’agirait donc de mieux communiquer par l’exemple, avec valorisation des aménagements de postes, de la formation, des évolutions professionnelles réussies… Mais sur 122 800 entreprises employant au moins vingt salariés, 12 000 n’emploient encore aucun travailleur handicapé. Et environ la moitié des entreprises employeuses sont au-dessous du seuil des 6 %…

8,8 % d’augmentation du nombre de chômeurs handicapés

Selon une enquête emploi de l’Insee en 2007, les personnes handicapées d’âge actif seraient au nombre de 1,8 million, dont la moitié âgées de plus de cinquante ans, avec un taux d’emploi de… 35 %. Les demandeurs d’emploi handicapés présentent un faible niveau de formation, et un âge plutôt élevé. Les initiateurs de la SEPH évoquent, eux, un taux d’augmentation de 8,8 % du nombre de chômeurs handicapés, s’élevant fin juin dernier à 214 233 personnes. Coordonnée par l’Agefiph, mais aussi par le fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) et l’association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (l’ADAPT), cette treizième SEPH prendra cette année une dimension particulière, dans la mesure où la loi majore en 2010 la contribution des entreprises n’ayant conduit aucune action en direction de l’emploi des personnes handicapées pendant trois ans. Considérant cette perspective, l’Agefiph s’attend, optimiste, à ce que la fin d’année représente une période charnière par rapport à l’emploi. Les événements devraient se décliner plus nombreux que les années précédentes – environ 300 doivent avoir lieu –, intensifiant d’autant les contacts entre personnes handicapées et employeurs.