N° 696 | du 12 février 2004 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 12 février 2004 | Jacques Trémintin

La tendresse

Sylvie Consoli


éd. Odile Jacob, 2003 (288 p. ; 23 €) | Commander ce livre

Thème : Sexualité

La peau est un des éléments les plus fantastiques dont est doté le corps : barrière imperméable, presque étanche, elle isole contre les variations de température et défend contre les infections, se régénère toute seule et synthétise la vitamine D. Elle est, en outre, parcourue par une innervation particulièrement dense qui la rend d’une grande sensibilité au toucher. Mais elle n’a pas seulement que des fonctions biologiques. Elle tisse aussi, des interrelations étroites avec le psychisme. Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer les nombreux facteurs psychologiques et événements traumatiques, à l’origine de maladies cutanées. On peut même affirmer que la peau constitue un support essentiel aux relations humaines.

Bien sûr, les comportements tactiles dépendent pour beaucoup des coutumes et des habitudes culturelles. Mais, les contacts corporels codifiés ont toujours été un moyen pour désarmer la violence. Tout commence par les échanges sensibles à la naissance, dont la fréquence joue un rôle fondamental dans le développement autonome de l’adulte. Ce sont là les facteurs d’une bonne croissance du squelette et du système nerveux central, mais aussi de l’épanouissement des activités locomotrices et des apprentissages. Certes, interviennent ensuite des interdits essentiels. L’interdit primaire d’abord, qui prohibe la perpétuation du contact global, corps à corps et qui incite à ne pas rester collé au corps de ses parents. L’interdit secondaire ensuite, qui déconstruit la toute-puissance, en n’admettant pas que l’on touche à tout, que l’on s’empare de tout et qu’on soit maître de tout. Il s’agit au bout du compte de renoncer à la communication tactile comme mode principal d’expression à destination des autres. Pouvoir toucher apparaît donc aussi important que pouvoir se dégager du toucher.

C’est ce paradoxe que décline Sylvie Consoli, à partir d’une multitude d’illustrations et de vignettes cliniques rencontrées au cours de sa double activité de dermatologue et de psychanalyste. Toucher et écouter, explique-t-elle, sont étroitement liés et se complètent à merveille pour réconcilier le sujet avec son corps, son image de soi et son estime de soi. La manipulation des corps par le médecin, si elle est faite avec respect et tact est rassurante et permet d’élever le seuil de déclenchement de la sensibilité douloureuse. Tout contact favorisant l’affectivité et le plaisir, peut aussi déborder vers le courant érotique. De fait, explique l’auteur : « Les équilibres sont variables entre les investissements érotiques et les investissements tendres, amicaux, sociaux pour chacun d’entre nous » (p.185). La tendresse est ce qui porte un individu vers un autre et ce qui favorise deux subjectivités. Les professionnels du soin ou de l’aide n’ont pas à craindre ce mouvement ni les effets tant physiques que psychiques qu’il provoque. Ils ont seulement à être vigilants à ne pas décharger leurs sentiments dans un agir hors de tout contrôle.


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