N° 913 | du 22 janvier 2009 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 22 janvier 2009 | Jacques Trémintin

La supervision d’équipes en travail social

Joseph Rouzel


éd. Dunod, 2007 (254 p. ; 26 €) | Commander ce livre

Thème : Pratique professionnelle

Qu’elles grincent ou qu’elles soient bien huilées, les pratiques sociales mettent à mal les praticiens qui s’y adonnent. Chacun d’entre eux vient dans ces métiers avec sa propre histoire, ses émotions, ses convictions et sa façon d’être. Face à toute volonté de soigner ou d’éduquer l’autre, il y a quelque chose qui résiste, le sujet revendiquant une place unique, énigmatique et mystérieuse qui ne se laisse pas entremettre par celui qui lui veut du bien. Pour que l’action sociale puisse opérer, « il convient que la relation soit le plus possible désencombrée de toute velléité de maîtrise, de tout fantasme de transformation, de changement, de tout affect de pitié ou de charité, de tout penchant à vouloir faire le bien de l’autre » (p.128). Cette rencontre ne peut donc que bousculer le professionnel, en faisant émerger chez lui angoisses, doutes et questionnements sans fin. La supervision constitue un outil pour travailler, mettre à jour et à ciel ouvert, dévoiler le transfert établi entre lui et l’usager.

Mais ce n’est pas tout de se laisser prendre dans le transfert, encore faut-il apprendre à s’en déprendre. Joseph Rouzel officie régulièrement comme superviseur d’équipes. C’est à ce titre qu’il nous décrit précisément les bases théoriques sur lesquelles il s’appuie. La psychanalyse n’est pas loin et Lacan est tout proche. Le travail social se confronte comme la supervision à la même quête, explique-t-il : « Le traitement de l’Enfant de la jouissance » (p.97) que seuls la parole et ses différents prolongements peuvent permettre d’approcher. « Le symptôme, il ne faut pas le faire taire, il s’agit de le faire parler, sachant que le noyau dur du symptôme, le point réel et d’impossible qu’il enchâsse est indicible » (p.98). Les amateurs y trouveront leur compte.

Mais, l’auteur détaille tout autant l’historique de ce type d’intervention, précisant les modalités de celle qu’il propose. Cela commence par les conditions de la demande qui peuvent être précises ou, au contraire, en apparence inexistantes (une simple recherche de prise de distance avec le quotidien). Il précise ensuite le cadre dans lequel s’opère la supervision : les références de l’intervenant, le rythme temporel des séances, l’espace dans lequel elles s’opèrent, leurs objectifs, les règles du jeu. Le groupe sert de support et d’outil à l’élaboration, concède-t-il : le fait que les sujets se regroupent produit des projections, des émotions, des sensations, des représentations et des affects. Mais, il insiste tout autant sur le fait que la supervision s’adresse avant tout à chacun, la parole du sujet ne devant pas se dissoudre dans l’imaginaire groupal. Ni recette de cuisine, ni vision linéaire, le travail engagé se centre sur les mécanismes de (contre) transfert à l’œuvre et doit permettre de remettre en circulation l’énergie qui a été psychiquement bloquée.


Dans le même numéro

Critiques de livres