N° 831 | du 8 mars 2007 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 8 mars 2007

La société des femmes à l’écran

Joël Plantet

Dans quelques jours, le 29è festival international de films de femmes déroulera ses pellicules de création et de désir, parfois d’oppression. Cent quarante films au total mêlant intime et politique, engagement, poésie et transmission. Des « pépites d’image » pour « éveiller nos regards et nous rappeler que l’image est une écriture sur le monde »

« Nous revisiterons les espaces intergénérationnels, les rapports sociaux et de sexe »… Joliment placée cette année sous le signe du respect et des désirs, cette édition va plonger, du 23 mars au 1er avril, ses racines dans un contexte social, économique et humain [1].

Cinq espaces ouvriront des débats sur le respect, le racisme et le sexisme mais aussi sur les désirs ou les « nouvelles perspectives féministes ». Une expo de cinquante photos, Blessures de femmes (Catherine Cabrol), accompagnera des témoignages écrits. De même, un documentaire suivra l’« itinéraire d’un combat », celui de Ni putes ni soumises. Par ailleurs, une cinquantaine de films courts présentés par des vidéastes non professionnelles s’attachera au thème des âges. Toubib or not toubib, médecins d’ici venus d’ailleurs (Béatrice Jalbert, 2006, 59 min 30) s’intéresse, lui, à un sujet ignoré au cinéma, les six mille médecins étrangers travaillant en France. Démarche originale aussi, La Traversée (Élisabeth Leuvrey, 2006, 55 min), recueillant des paroles « de sans histoire » et de « sans voix » sur un entre-deux, lors de vingt traversées de ferry entre la France et l’Algérie…

Avant le festival, un stage de formation avait été proposé aux enseignants en vue d’écrire un scénario, le filmer et le monter. Un partenariat s’est également monté avec les MJC et les centres sociaux. Trois films ont été réalisés avec des adolescent(e)s : l’un sur la puberté, Les seins aussi ont commencé petits, un autre sur l’homosexualité, Comment le dire à sa mère ?, le dernier sur le suicide, J’voulais pas mourir, juste me tuer. Dans un long-métrage nommé Desire (Julia Gustafson, États-Unis, 2005, 84 min), la cinéaste fait travailler en atelier vidéo des adolescentes sur les thèmes de la grossesse et de la maternité. Trois jurys composés de collégiens et de lycéens leur permettront de juger dix longs métrages documentaires. Des ateliers d’initiation aux métiers du cinéma sont prévus de même que des séances conçues pour les jeunes.

Un festival placé sous le signe du respect et des désirs

Les cent quarante films proposés sont traversés de problématiques familiales, sociétales, sexuelles, environnementales ou artistiques. Les luttes, la danse, l’économie solidaire, l’exil et l’immigration, le désir et l’amour seront à l’écran.

Un panorama de cinquante-quatre films permettra de mieux découvrir la jeune génération des réalisatrices britanniques « So british ! ». Ainsi le documentaire Sisters in law ; ou la cinéaste britannique Sally Potter, avec la projection de quatre de ses films : à ne pas louper, le magnifique Yes, jamais encore diffusé en France et projeté à la présentation du FFF, hymne puissamment original à l’intelligence et à la passion sous forme d’une brûlante rencontre entre une Irlandaise et un Libanais (« j’ai senti un besoin urgent de répondre à la rapide diabolisation du monde arabe en Occident », explique la créatrice).

Dans un édifiant court-métrage, Les hommes s’en souviendront (Valérie Muller, France, 2006, 9 min), une réalisatrice raconte une journée dans la vie d’une femme : le 26 novembre 1974, quelques heures avant la présentation à l’Assemblée nationale du projet de loi pour l’IVG, Simone Veil se prépare comme un torero avant d’entrer dans l’arène… Sociologue et réalisatrice, Brigitte Lemaine présentera son dernier documentaire, La face sombre de l’humanité [2].

En outre, quelques hommages particuliers seront rendus, dont l’un à Mira Nair, réalisatrice de Salaam Bombay !, avec cinq films (en avant-première, sa dernière œuvre, The namesake), ou à Charlotte Rampling, « la plus british des actrices françaises… ou l’inverse »…
Neuf prix seront décernés par un jury de sept professionnels du cinéma (quatre femmes, trois hommes). Cet éventail — prix du jury, du public, du court-métrage francophone, etc — distingueront des longs et courts métrages de fiction et documentaires français ou étrangers.
Et le FFF aura trente ans en 2008 : la prochaine édition promet aussi d’être brillante.


[1AFIFF - Place Salvador Allende - 94000 Créteil. Tél. 01 49 80 38 98. www.filmsdefemmes.com

[2Son film Témoins sourds, témoins silencieux sort début mai en salles et en DVD