N° 991 | du 28 octobre 2010

Faits de société

Le 28 octobre 2010

La santé des précaires se dégrade

Joël Plantet

La question sécuritaire s’est imposée à la question sanitaire : ruptures de soins, dégénérescence de pathologies simples, refus de soins… Le dernier rapport de Médecins du Monde a exploré la situation. Ça se dégrade…

En mai dernier, Ardi, jeune Kosovar polyhandicapé, était expulsé avec sa famille après l’irruption brutale de gendarmes et policiers dans l’institut d’éducation motrice (IEM) où il était pris en charge. Ne bénéficiant pas aujourd’hui de soins adaptés au Kosovo, son état de santé se dégrade. Les associations qui suivent sa trajectoire (principalement l’Association des paralysés de France) réclament une enquête parlementaire indépendante. En principe, depuis 1998, la loi protège les malades atteints de pathologies graves contre les expulsions et leur permet d’avoir un titre de séjour.

Le rapport de Médecins du Monde a confirmé la « dégradation brutale de santé des exclus » : retards pour les soins multipliés par deux entre 2007 et 2009 (de 11 % à 22 %), augmentation de 17 % du nombre de patients, la plupart étrangers, et de 30 % d’enfants et d’adolescents. Cette amplification s’explique par la complexification des démarches administratives, le durcissement des pratiques, le renforcement des contrôles… Il s’avère ainsi à la première consultation que 84 % ne bénéficient ni de l’aide médicale d’État (AME), ni de la couverture maladie universelle (CMU). « Expulsions répétées, restriction des droits, démantèlement des lieux de vie, peur de se déplacer, conduisent les personnes à renoncer aux soins », mais aussi les équipes à ne plus pouvoir assurer le traitement des maladies chroniques.

Médecins du Monde diagnostique des pathologies lourdes et aiguës

Force est de constater que les centres de Médecins du Monde (MdM) pallient aussi les dysfonctionnements des permanences d’accès aux soins de santé (PASS) des hôpitaux, « saturées, parfois inexistantes, ne pouvant prendre en charge tous les patients en grande précarité ». Dans les rares villes où les PASS parviennent à fonctionner conformément à leurs missions (Nantes, Le Havre…), la diminution des consultations MdM souligne la nécessité de ce dispositif prévu par la loi de lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998.

MdM diagnostique des pathologies « lourdes et aiguës » à hauteur de 30 %, mais aussi de nombreux troubles psychologiques ou syndromes dépressifs. Les suivis de grossesse sont notoirement insuffisants (une femme rom enceinte sur dix est suivie). Plus de 70 % des patients accusent un retard de soins dentaires, et l’absence de domiciliation reste encore le principal obstacle à l’accès aux droits. Les refus de soins persistent. Pourtant, en termes de santé publique, l’enjeu est énorme : des pathologies simples, par exemple, dégénèrent en complications graves et coûteuses.

La question des mineurs ainsi placés hors du système de santé préoccupe particulièrement l’association : pas d’accès à la vaccination trop souvent, ni même à une simple couverture maladie, effets du mal-logement (saturnisme, pathologies respiratoires, accidents domestiques, etc.) sur le développement de l’enfant…

Les discriminations aussi ont un impact sur la santé. L’institut de recherche et de documentation en économie de la santé (IRDES) avait montré il y a trois ans que « les ménages dont les revenus sont les plus faibles déclarent à la fois le plus mauvais état de santé, les taux de couverture complémentaire santé les plus bas et le plus de renoncements aux soins ». S’appuyant sur le rapport de MdM, le GISTI isole plusieurs facteurs particulièrement aggravants : difficultés d’accès au logement, conditions de travail, précarité administrative. La Fondation Abbé Pierre (FAP) témoigne elle aussi de nombreux cas de maladies respiratoires, de maladies de peau, et de fortes conséquences psychologiques.