N° 627 | du 27 juin 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 27 juin 2002 | Patrick Méheust

La relation d’aide en service social

Ouvrage collectif


éd. érès, 2002 (170 p. ; 19 €) | Commander ce livre

Thème : Pratique professionnelle

La relation d’aide en service social tend à s’instrumentaliser sous le poids de contraintes de nature diverse. La précarité des situations sociales des publics accompagnés, la diversité et la multiplicité des dispositifs réglementaires et législatifs, l’exigence de résultats palpables imposée par les institutions employant des travailleurs sociaux rendent, en effet, difficile l’instauration d’une relation d’aide authentique basée sur l’écoute, la compréhension et la reconnaissance mutuelles, c’est-à-dire une relation qui soit véritablement porteuse de sens pour l’ensemble des protagonistes.

Aussi, faut-il constamment garder présent à l’esprit, loin des recettes toutes faites, que la restauration de l’autonomie des personnes en difficulté passe nécessairement par un travail approfondi d’évaluation préalable dont le but est de prendre en compte chaque individu dans sa spécificité et de repérer les éléments significatifs de son environnement et de son histoire personnelle. C’est bien à partir d’une identification « sur mesure » des ressources disponibles, tant sur le plan psychologique que micro-sociologique, qu’il devient possible d’envisager une stratégie de mobilisation positive. Ceci suppose de la part de l’assistant de service social une faculté d’empathie, autrement dit, une aptitude à « entrer dans le monde de l’autre comme s’il s’agissait du sien propre ».

Il faut pouvoir, en effet, provoquer la « rencontre essentielle », telle que la nomme le psychologue américain Carl Rogers, point d’ancrage d’une relation de confiance susceptible de rendre effectives les potentialités du client. Cependant, si la relation d’aide se nourrit de cette rencontre avec l’autre dans une réciprocité créatrice le pari est bien de rendre, à terme, l’aidé désigné acteur de son propre processus de développement. Il ne s’agit en aucun cas de faire perdurer les manifestations de dépendance qui peuvent effectivement se révéler, par moments, au cours de la relation et, dans cette perspective, la confiance établie avec le professionnel doit servir de puissant levier d’autonomisation.

Outre un certain nombre de références théoriques que le lecteur appréciera de se remettre en mémoire, ce livre est riche de témoignages poignants sur l’intensité de ce qui se passe entre un travailleur social et « son » client. La retranscription écrite par les professionnels de leurs expériences constitue, à n’en pas douter, un excellent exercice pour résister aux processus parasites de transfert et aux tentations fusionnelles qui peuvent intervenir. L’enjeu est de conserver une certaine distance vis-à-vis des problèmes des personnes aidées de façon à conserver tout à la fois neutralité et clairvoyance.


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