N° 997 | du 9 décembre 2010 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 9 décembre 2010

La réinsertion scolaire en panne d’idées

Joël Plantet

Nouvelle formule magique expérimentée à la rentrée, les établissements de réinsertion scolaire (ERS) sont-ils la solution pour les élèves perturbateurs ? Leurs débuts sont plus que chaotiques et posent question.

Le processus est le même : fait-divers, mayonnaise médiatique, annonce ministérielle, puis silence profond. Récemment, huit élèves d’un établissement de réinsertion scolaire (ERS) de la Manche se faisaient renvoyer dans leur département d’origine, la Seine-Saint-Denis. Quelques jours auparavant, des enseignants avaient fait valoir leur droit de retrait après une bagarre dans un ERS de Mayenne, cinq élèves étant là aussi exclus et réexpédiés dans leur 93. D’autres épisodes similaires ont été recensés dans les Alpes-Maritimes, la Haute-Garonne ou d’autres départements.

Alors, jeunes gens « normaux » versus « racailles » ? Le malaise est palpable : blocages d’ERS par des parents affolés de cette proximité, mobilisation d’habitants, changement d’école de certains enfants, inauguration reportée, enseignants réclamant la fermeture d’un ERS…

Environ 200 jeunes de 13 à 16 ans sont actuellement scolarisés dans une dizaine d’ERS, avec un effectif compris entre six et quinze élèves. Fin 2011, on devrait en compter une vingtaine. Ces internats de petite taille, pour des ados éloignés de leur résidence d’origine, seraient-ils les pendants honteux des « internats d’excellence » ? Ayant souvent fait l’objet de multiples exclusions, ces adolescents sont considérés comme ne relevant ni de l’enseignement adapté ou spécialisé, ni d’un placement dans un cadre pénal. À l’issue d’une année de scolarisation en ERS, la situation du jeune est examinée par une commission départementale pour une éventuelle réintégration dans le collège d’origine.

Les ERS ont été mis en place avec précipitation et sans concertation

C’est en avril, au lendemain de l’échec des élections régionales, que Sarkozy avait annoncé une kyrielle de mesures sécuritaires (suspension des allocations pour absentéisme, policiers dans les écoles…) et évoqué la création des ERS. Ceux-ci ont été mis en place dans une précipitation certaine, sans concertation, par la circulaire du 29 juin 2010.

Les critiques fusent : pour le monde éducatif, l’éloignement imposé peut être ressenti comme une seconde pénalisation. Autre reproche : pourquoi regrouper ainsi les jeunes « décrocheurs » en difficulté ? Enfin, l’encadrement doit être autrement soutenu : dans l’exemple de la Manche, les jeunes « désocialisés » étaient encadrés par des jeunes issus du service civique, sans formation particulière. Le premier syndicat de l’Éducation nationale, la FSU, demande la suspension de ces ERS au coût exorbitant (le double de ce que l’État consacre aux autres jeunes).

Certains établissements scolaires vont plus mal encore depuis la suppression de la carte scolaire, sans pour autant bénéficier des moyens réclamés depuis des années. Les grévistes de la dernière rentrée ont vivement protesté contre les 15 000 suppressions de postes (autant en 2011).

À la suite de ces épisodes concomitants, le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, a annoncé le renforcement des moyens, sans plus de précisions. Réuni après les incidents, le comité de suivi de l’ERS mayennais a réclamé – et obtenu – une « cellule d’écoute » composée d’une AS, d’une infirmière, d’un médecin pour les élèves, et un agent de sécurité… Dans l’ERS mayennais, l’engagement a été pris de ne pas dépasser neuf élèves (et dans les autres ?). Trois pistes ont été dessinées par le ministère : un « programme pédagogique sportif spécifique », le réapprentissage des « codes sociaux élémentaires » et la « vertu éducative » des travaux d’intérêt général… Les encadrants – volontaires du service civique – devront être mieux formés (là encore, sans autre précision) et d’autres profils sont retenus : entraîneurs sportifs ou policiers retraités.