N° 939 | du 3 septembre 2009

Faits de société

Le 3 septembre 2009

La régression sociale est en marche

Joël Plantet

C’est désormais officiel : non seulement l’ascenseur social est bel et bien en panne, mais un « descenseur social » est en activité. Les jeunes retrouvent de moins en moins la position sociale de leurs parents

Pour la sociologie, le « déclassement » se définit par l’incapacité d’un individu à maintenir la position sociale héritée de ses parents. Le concept peut revêtir plusieurs formes, qu’il soit scolaire ou lié à la déqualification, territorial (par l’éloignement du lieu de résidence des opportunités d’emploi) ou encore dû au surendettement…

En juillet, le centre d’analyse stratégique (CAS) remettait au gouvernement un rapport intitulé La mesure du déclassement : informer et agir sur les nouvelles réalités sociales : une majorité de Français font le constat d’une dégradation de leur situation en dix ans. Un quart des trentenaires et quadragénaires se retrouveraient ainsi plus bas que leurs parents dans l’échelle sociale, alors que cette proportion n’était que de 18 % au début des années 1980.

Paupérisées, les classes moyennes se verraient menacées par un système impitoyable « up or out », autrement dit d’ascension ou de précarité. Le déclassement concerne en priorité les femmes, les seniors et les travailleurs ayant connu une longue période d’inactivité ou de chômage.

« Les chances de devenir cadre diminuent pour les jeunes »

Être embauché sur un poste dévalorisé par rapport à son niveau de formation est l’une des premières craintes relevées. En regard d’une part d’emplois qualifiés ayant doublé depuis le début des années 80 et continuant à progresser, la France « produit trop de diplômés », estime le CAS, « ce qui entraîne un déclassement scolaire massif ». En outre, le taux de chômage des ouvriers est trois fois plus élevé que celui des cadres. Par ailleurs, en 2007, 12, 3 % des actifs étaient en contrat de travail à durée déterminée, en mission d’intérim, en stage, en contrat aidé ou en apprentissage, contre 8, 2 % en 1993 et 5,4 % en 1982.

Au cours des trente dernières années, c’est le domaine des services aux particuliers qui a le plus contribué à la croissance du secteur tertiaire : ce dernier concentre aujourd’hui les trois quarts des actifs, contre 60 % en 1982. Et le déclassement se rencontre le plus fréquemment dans le secteur des services aux particuliers… Selon les travaux de prospective des métiers et des qualifications 2005 - 2015 de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES), cette évolution du paysage professionnel « va se prolonger dans le sens d’une tertiarisation de l’économie, d’une polarisation des qualifications dans les activités de service et d’une féminisation des emplois. »

Autre élément essentiel, les dépenses de logement se sont considérablement accrues, passant de 10 % en 1984 à 19 % en 2006, alors que les conditions de logement se sont dégradées… Les ménages les plus pauvres sont assignés à résidence dans les territoires les plus disqualifiés.

Le CAS prône « un investissement public précoce dans les conditions de développement des nouvelles générations, dès la petite enfance (modes d’accueil et lieux d’éveil) et dans l’enfance (école primaire et dispositifs périscolaires) ». De même, il conseille l’instauration d’un prêt à remboursement contingent au revenu (PARC) pour l’autonomie financière des étudiants.

L’observatoire des inégalités l’avait pointé déjà depuis quelques années : les chances de devenir cadre diminuent pour les jeunes de toutes les catégories sociales. Mais attention : si le phénomène de déclassement occasionne repli sur soi, faible participation politique, et plus généralement isolement social, « a contrario, dès lors que la part des déclassés atteint un seuil particulièrement élevé, l’hypothèse est faite non plus d’une apathie mais d’un potentiel de mobilisation. »