N° 887 | du 5 juin 2008 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 5 juin 2008 | Jacques Trémintin

La psychanalyse. Points de vue pluriels

Coordonné par Magali Molinié


éd. Sciences Humaines, 2007 (329 p. ; 25 €) | Commander ce livre

Thème : Psychanalyse

Est-il possible aujourd’hui d’aborder la psychanalyse sans tomber dans des disputes idéologiques stériles ? Magali Molinié réussit cet exploit en proposant un ouvrage qui mêle des contributions favorables, mais aussi plus critiques sur la théorie freudienne. Sigmund Freud a mis quarante ans à élaborer un système de pensée qui est à la fois une théorie du psychisme (dans laquelle l’inconscient tient une place centrale), une méthode d’analyse (des rêves, des actes manqués, des troubles mentaux…) et une technique thérapeutique (la cure analytique). Pourtant, on ne peut le comparer, comme il aimait à le faire lui-même, à un archéologue déterrant ce qui est profondément enfoui dans les couches de la psyché humaine.

Car, ses constructions théoriques, censées être le produit d’une audacieuse auto-analyse confirmée par les pratiques thérapeutiques ultérieures, ne sont, pour certains, qu’une brillante synthèse des idées, des croyances et des théories scientifiques de son époque. Car, ses découvertes concernant la sexualité infantile ne résultent pas tant de l’observation directe d’enfants que de l’interprétation des propos tenus par des patients adultes. Car, ses intuitions présumées géniales, peuvent être considérées comme des spéculations intellectuelles hasardeuses : peut-on accorder une valeur universelle à des fantasmes et obsessions personnelles projetés sur autrui ?

Ainsi de ce complexe d’Œdipe que Freud explique avoir vécu à l’égard de sa mère, réalité qu’aucune étude statistique n’a jamais permis de généraliser à tous les enfants. Le mouvement psychanalytique, miné très tôt par des scissions, des excommunications et des exclusions, a fini par éclater en une vingtaine de groupes et groupuscules, se dispersant tant au niveau théorique que clinique. Sans compter que certains des héritiers du vieux Sigmund, à l’image de l’inénarrable Lacan, en ont rajouté dans le style baroque et obscur : « Le nom-du-père est le signifiant qui dans l’Autre en tant que lieu du signifiant est le signifiant de l’Autre en tant que lieu de la loi » !

Et pourtant, rarement une théorie aura autant pénétré le grand public, certains de ses concepts centraux entrant quasiment dans le sens commun. Autant contestée que largement vulgarisée, la psychanalyse a su résister vaillamment aux affres du temps. Et c’est sans doute grâce à la polysémie de ses théories. Car, pour un J. D. Nasio qui réduit l’origine de toute obsession à une agression ou une humiliation, de toute hystérie à un plaisir précoce, intense et malsain et de toute phobie à la tristesse provoquée par l’abandon réel ou imaginaire (p.105), l’on trouve un Jean Laplanche n’hésitant pas à affirmer de son côté : « Le psychanalyste n’a pas pour rôle d’imposer ses propres schémas mythiques à son patient » (p.202).


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