N° 609 | du 14 février 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 14 février 2002 | Jacques Trémintin

La problématique paternelle

Sous la direction de Chantal Zaouche-Gaudron


éd. érès, 2001, (208 p. ; 22,87 €) | Commander ce livre

Thème : Parentalité

Voulant renouveler l’expérience du colloque épistolaire mené par René Zazzo en 1974 à propos de l’Attachement, les initiateurs de ce livre ont décidé de solliciter près d’une dizaine de spécialistes issus de la psychologie du développement, de l’histoire, de la psychanalyse et de la sociologie, sur la question paternelle. Après un long texte plutôt insipide et bavard de Serge Lebovici, on lira avec bonheur des contributions d’une grande richesse et d’une grande culture. Pendant longtemps, le père a eu un devoir de sévérité : son autorité était au service de la loi divine. « Quand Dieu se fait père, chaque père devient image de Dieu » (p.52).

Trois modèles vont cohabiter : le modèle aristocratique, paysan et citadin. C’est ce dernier qui va le mieux préparer l’affinement des liens affectifs que va déployer, à l’époque moderne, le père à l’égard de son enfant : il lui transmet déjà, en effet, des savoir-faire, des savoirs et des talents. Progressivement, le centre de gravité se déplace vers la mère chargée de la vie au foyer pendant que le père se consacre à la sphère publique. Cette évolution va s’accentuer avec la maîtrise de la fécondité qui passe là aussi des hommes vers les femmes et le placement de la famille sous le contrôle des spécialistes de la santé ou de l’éducation. Le patrimoine transmis par le père compte, bientôt, bien moins que les diplômes validés par l’école. Longtemps, le père fut au sommet du triangle dont la base était occupée par la mère et l’enfant.

Dorénavant, c’est bien l’enfant et son intérêt qui occupent ce sommet, la base étant répartie entre les parents et l’État. Mais, les bouleversements ont concerné aussi la répartition des rôles parentaux. Certes, d’aucuns continuent à confier au père la responsabilité de faire limite et coupure et d’introduire de la différenciation. D’autres, comme Dolto, encore en 1988, profèrent des bêtises du style : « C’est lorsque l’enfant atteint l’âge de la marche – à 18 mois — que les hommes normalement virils, commencent à s’occuper de lui. ».

Aujourd’hui, on peut difficilement attribuer une valeur atemporelle et universelle à la fonction paternelle qui dépend pour l’essentiel de la conjoncture historique, de la contextualité économique et politique, du développement de la science et, bien évidemment, des rapports entre les hommes, les femmes et les enfants. « Comment parler du père comme s’il était unique alors que les débris du moule du pater familias, brisé il y a bien longtemps, sont restés épars » (p.95). Et de citer les nombreuses formes de paternité : papa poule (interchangeable avec la mère), père copain, père absent (du fait de sa suroccupation professionnelle), père fouettard, père courage (qui se bat pour obtenir la garde de ses enfants), père démissionnaire, père spécialiste (dans certaines tâches), non père (qui a fui ses responsabilités) ? multiplicité rendant difficile la réduction à un seul moule.


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