N° 956 | du 14 janvier 2010

Critiques de livres

Le 14 janvier 2010 | Jacques Trémintin

La prison dans la ville

Sous la direction de Martine Herzog-Evans


éd. érès 2009 (134 p. ; 15 €) | Commander ce livre

Thème : Prison

Les relations entre la prison et la ville sont marquées par des logiques d’opposition, chaque univers se tenant à l’écart de l’espace voisin, mélange d’occultation et d’ignorance réciproques. La stigmatisation des justiciables incarcérés semble coller tant aux bâtiments qu’aux personnels qui y travaillent. Si on a beaucoup écrit sur la prison, aucun urbaniste n’a jamais étudié son impact architectural.

Le châtiment privilégié fut longtemps le supplice physique. La peine privative de liberté fut introduite par le code pénal de 1791, qui valorisait encore l’amendement du condamné. C’est le code pénal de 1810 qui instaurera la prison châtiment. On passait ainsi de la punition sur la place publique, où la vindicte populaire avait tout loisir de se faire entendre, à un enfermement derrière des murs dont l’imposante hauteur devait servir de dissuasion.

La déportation répondit, un temps, à l’irrésistible tentation d’éloigner d’un corps social réputé sain des éléments considérés comme viciés et corrompus. Mais ce fut bien loin de suffire. Très vite, le pays se couvrit de quatorze maisons centrales et de cinq cents prisons départementales édifiées, pour la plupart, au cœur des centres villes. Avec le temps, le constat fut accablant : en 1988, 90 % des locaux pénitentiaires dataient de plus d’un siècle, la moitié ayant été édifiée entre le XIIe et le XVIe siècle. Les conditions d’incarcération y étaient dégradantes. Entre 1964 et 2002, trois vagues de nouvelles constructions permettront la création de plus d’une soixantaine d’établissements plus décents, provoquant dans l’opinion publique le fantasme de prisons trois étoiles.

Mais l’argument humanitaire cède sur le réflexe sécuritaire car, à peine ouverte, la surpopulation s’y généralise. Comme à Toulon où la prison de la Farlède, inaugurée en avril 2004 pour 600 détenus en comptera, six mois plus tard, 750. Le principe de la privatisation est retenu. La direction, le gardiennage ainsi que le greffe restent du ressort de l’administration pénitentiaire. Mais les bâtiments financés par le privé sont loués sur une période de trente ans ainsi que les prestations telles l’hôtellerie, la cantine, la maintenance, le nettoyage, le transport, ou encore le travail et la formation professionnelle proposés aux détenus. L’implantation d’un établissement pénitentiaire est vécue différemment s’il peut y avoir baisse sensible de la valeur du parc immobilier du fait de la perte de standing ou si l’impact économique permet le redressement d’une commune sur le déclin (création d’emplois, construction de logements, relance du commerce, ouvertures de classes). Entre rejet et désir, la ville plébiscite ou s’oppose à de tels projets : 416 municipalités répondront à l’appel d’offre en 1987.


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