N° 1007 | du 24 février 2011

Faits de société

Le 24 février 2011

La prévention à l’aune de la délinquance

Joël Plantet

Création d’une nouvelle catégorie pénale pour les 18-25 ans, développement de la prévention… Le dernier rapport Bénisti sur la délinquance des mineurs semble pétri de bonnes intentions. Quoique…

« Le tribunal pour enfants n’est plus adapté », assène Nicolas Sarkozy sur TF1 en promettant de nouvelles mesures avant l’été contre la délinquance des mineurs, tandis que le budget de la protection judiciaire de la jeunesse ne cesse de baisser. De même, dans la perspective annoncée d’une répression accrue, les jurés populaires vont prochainement faire leur entrée dans les tribunaux correctionnels. Le député UMP Jacques-Alain Bénisti s’était tristement rendu célèbre en conseillant, en 2005, le dépistage précoce, dès l’âge de trois ans, des troubles du comportement pouvant laisser entrevoir un futur délinquant, et aussi en évoquant le « patois du pays », parlé à la maison par les familles immigrées.

Volte-face ? Changement de ton, en tout cas. Le 10 février, il remettait au Premier ministre un rapport proposant, ô surprise, « une vraie politique de prévention sur le terrain » tout en soulignant l’échec des politiques du dernier quart de siècle en la matière. S’opposant à l’idée d’abaissement de la majorité pénale, il y propose même, à contre-courant, la création d’une nouvelle catégorie pénale spécifique pour les jeunes majeurs (18 -25 ans) pour que ceux-ci, « pas toujours majeurs dans leur tête », aient par exemple la possibilité de prolonger leur séjour dans un centre fermé au-delà de leurs 18 ans. Las, en décembre, le contrôleur général des lieux de privation de liberté avait émis des critiques sur ces centres éducatifs fermés (CEF) : beaucoup trop de « faisant fonction », défaut de projet de service, recours abusif aux moyens de contrainte physique, lacunes dans les prises en charge psychologiques…

Protéger les enfants, et non protéger la société contre les enfants

Refusant « une logique du tout sécuritaire », affirmant que « la place des enfants n’est pas en prison », Bénisti préconise le développement de la prévention, de la lutte contre l’échec scolaire ou de la toxicomanie, des mesures alternatives à la prison, et un « parcours de citoyenneté » pour les primo-délinquants mineurs. Simultanément, il prêche l’extension de la vidéosurveillance et des effectifs policiers contre une délinquance juvénile qu’il qualifie de « virus destructeur de cohésion sociale »… Il estime nécessaire un « code de l’enfant » rassemblant les dispositions civiles et pénales concernant « les mineurs en danger, victimes ou auteurs, libres, placés ou détenus, français ou étrangers ». Il propose une responsabilisation accrue des parents, et un « pacte de confiance » solidifiant les relations entre acteurs du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). Le député plaide encore pour la création d’un fichier des élèves décrocheurs et d’un observatoire de l’absentéisme scolaire ; enfin, les CEF pourraient, selon lui, devenir des « plates-formes interactives de réinsertion des multirécidivistes ».

Le collectif Pas de zéro de conduite – qui avait recueilli 200 000 signatures contre les velléités de dépistage précoce – ne croit pas aux bonnes intentions de ce rapport : il s’élève « contre cette énième tentative de pervertir la prévention auprès des bébés et de leur famille en l’annexant à la politique de prévention de la délinquance ». Persuadé que la prévention « n’a pas à se légitimer à l’aune des politiques de sécurité », le collectif rappelle que l’engagement des professionnels du social consiste à protéger les enfants « contre les dommages occasionnés en eux par des violences subies dans la société » et non à protéger la société contre les enfants. Il appelle joliment les professionnels de l’enfance à « faire échec au rapt des bébés par les politiques de lutte contre la délinquance ».