N° 922 | du 26 mars 2009

Faits de société

Le 26 mars 2009

La précarisation d’une génération

Joël Plantet

La jeunesse est-elle un problème ou un atout pour notre société ? De manière alarmante, les questions d’emploi, de logement, de revenus entravent l’autonomie. Un programme baptisé FORCES va-t-il changer la donne ?

Après les Japonais, les jeunes Français sont ceux qui ont le moins confiance en leur avenir : seuls 26 % sont sûrs de trouver un jour un « bon travail » contre 60 % des jeunes au Danemark ou aux Etats-Unis. Il faut observer que le taux de chômage est un des plus élevés d’Europe (19, 7 %) et que 20 % des huit millions de Français âgés de 16 à 25 ans vivent sous le seuil de pauvreté, soit 880 e par mois. C’est Martin Hirsch lui-même, devenu le 12 janvier haut-commissaire à la Jeunesse tout en restant haut-commissaire aux Solidarités actives, qui en convenait, à partir d’une enquête internationale.

L’enquête Espad 2007 révélait que plus de 11 % des adolescents de 16 ans avaient déjà tenté de se suicider. Le malaise économique et social dans la tranche d’âge des 16-25 ans est en effet palpable depuis quelques années. Quelle politique globale envisager ? Le 9 mars, fraîchement nommé, Hirsch installait une commission d’une soixantaine de personnalités du monde associatif, syndical, universitaire, patronal et politique pour identifier les réformes à conduire avec en ligne de mire la publication d’un Livre vert au mois de juin. Un programme puissamment dénommé Formation orientation ressources et résidence citoyenneté emploi santé (FORCES) se propose de dégager des perspectives sur la pérennisation des écoles de la deuxième chance, sur le service civique ou sur les stages (entre autres items). Une quinzaine de programmes expérimentaux devant toucher 100 000 jeunes seront par ailleurs financés à hauteur de 150 millions d’euros.

Au mois de juillet en principe, des orientations émanant de ce groupe de travail seront présentées au gouvernement, axées principalement sur l’autonomie des jeunes (définie comme une addition : emploi stable + logement indépendant, revenus « essentiellement tirés de l’activité », mais aussi concubin(e)…). Depuis les manifestations de 2006 contre le CPE, la précarité en termes d’emploi ne cesse d’enfler, et les abus concernant les stages ou la cherté du logement sont régulièrement dénoncés, souvent médiatiquement des collectifs. Sur un plan plus général, on connaît aussi le déficit en termes de citoyenneté, une petite moitié seulement des jeunes en âge de voter participant aux élections. Quelques pistes ont certes été déjà engagées : développement de la formation en alternance (fin 2008, 418 000 jeunes étaient en apprentissage et 170 000 en contrat de professionnalisation : insuffisant pour le ministre), prime aux jeunes chômeurs en recherche d’emploi, réforme des stages en entreprise… Un autre axe devrait permettre aussi de concevoir des dispositifs fiscaux et sociaux plus égalitaires entre les jeunes et les adultes.

L’Uniopss avait rencontré Martin Hirsch le 27 février sur un certain nombre de points, dont le revenu jeunes, l’appui social individualisé (ASI) et le service civique. Sur le premier item, le secrétaire d’État expliquait à ses interlocuteurs qu’il ne pouvait envisager de transposer le RSA aux jeunes, mais qu’en revanche il pouvait être question de l’adapter. On ne peut qu’espérer que tout cela débouche un jour sur une véritable politique globale pour la jeunesse, cruellement manquante jusqu’à présent. Mais Martin Hirsch, lui aussi, aime les coups médiatiques : se servant récemment de ce jeune diplômé au chômage qui avait provoqué sa mise en vente sur un site Internet, il l’embauchait – et le faisait savoir – pour animer une commission visant à l’amélioration des jeunes diplômés. Plus sérieusement, le Haut commissaire a prévenu qu’en cas d’échec, il ne resterait pas à son poste.