N° 988 | du 7 octobre 2010 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 7 octobre 2010

La politique de la ville au point mort

Joël Plantet

Quelle cohésion sociale ? Les quartiers en déshérence vont toujours aussi mal. La dernière conférence des villes a (discrètement) réitéré les mêmes demandes, en termes d’engagement de l’État, donc de moyens.

En juillet, des violences urbaines à Grenoble avaient relancé le débat sécuritaire, alors que la police ne joue pas son rôle dans les quartiers en situation d’exclusion socio-économique. Le ministre de l’Intérieur avait ainsi annoncé en août la création des brigades spécialisées de terrain (BST) destinées à remplacer les unités territoriales de quartier (UTeQ), les conditionnant, dans une sorte de marchandage, aux zones difficiles dont les maires auraient manifesté leur « volonté forte de résoudre ces difficultés » !

Le Médiateur de la République décrit « une société qui se fragmente ». Réunie à Paris le 22 septembre par l’association des maires de grandes villes de France (AMGVF), la 10ème conférence des villes sur le thème de la cohésion sociale et urbaine a abordé, devant un millier de participants, la question de la politique de la ville, de l’accès aux droits pour les jeunes, de la mobilité et de la sécurité. Simultanément, une exposition intitulée Et pour toi, c’est quoi la France ? sur le parvis de l’hôtel de ville (jusqu’au 8 novembre) propose portraits et témoignages d’habitants « issus de la diversité ». À l’issue de la Conférence, un manifeste a réitéré l’exigence d’un Grenelle de la sécurité. Les participants ont réclamé le déblocage de moyens exceptionnels pour certains quartiers, une réelle articulation des différentes administrations en charge de la politique de la ville, et le lancement d’un programme de l’agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU2).

Ils ont surtout formulé trois requêtes : le gel du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans la police et la gendarmerie ; une meilleure utilisation des effectifs de la police sur le terrain ; davantage de moyens financiers au bénéfice du Fonds ministériel de prévention de la délinquance. Tout en affirmant préparer une nouvelle génération de contrats urbains de cohésion sociale (CUCS), Fadela Amara a annoncé deux chantiers « prioritaires » pour 2011 : l’actualisation de la liste des zones urbaines sensibles (ZUS, actuellement au nombre de 751) qui date de 1996, et « la réforme de la péréquation, afin que l’on donne plus à ceux qui ont moins ». Tout cela reste vague, et la secrétaire d’État espère que le prochain remaniement ministériel verra son rattachement au Premier ministre…

Les maires réclament des moyens exceptionnels pour certains quartiers

Les maires ont évoqué des territoires marqués par la misère et l’exclusion parce que « spécialisés dans l’accueil de populations en grande difficulté ». La question de l’habitat a été rappelée par le manifeste de l’AMGVF, avec réclamation d’un programme spécifique pour l’Ile-de-France. Il y est aussi question de mobilité durable par le désenclavement des quartiers, de renforcement de la lutte contre le décrochage scolaire, de soutien à la vie associative… et d’emploi. En effet, quelle cohésion sociale attendre dans des quartiers où plus de 40 % des jeunes sont au chômage ? Les maires préconisent des mesures exceptionnelles dont la mise à la portée de chaque jeune une formation professionnelle et une qualification…

« Depuis les années 1990, le terme de « cohésion sociale » tend à se substituer aux termes de « solidarité » ou d’« action sociale »… Un cycle de séminaires sur les politiques de cohésion sociale organisé par le Centre d’analyse stratégique (CAS) est organisé de septembre 2010 à avril 2011, au rythme d’une séance thématique mensuelle. Il se propose d’identifier les différentes approches et méthodes dans le champ social ; il s’intéressera à « l’implication des professionnels et à la capacité d’initiative des associations » du secteur.