N° 750 | du 21 avril 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 21 avril 2005

La place d’un psychiatre au sein d’un collège

Propos recueillis par Katia Rouff

Depuis mai 2003, Philippe Lacadée, psychiatre et psychanalyste, membre du Centre interdisciplinaire sur l’enfant (CIEN) anime le conseil des enseignants au sein du collège Pierre Sémard

Quel est votre rôle en tant que psychanalyste au sein du conseil des enseignants ?

Soutenir une conversation interdisciplinaire où la parole de chacun doit pouvoir être entendue. Je ne suis pas là, comme « le psychanalyste » qui va interpréter ou distribuer des concepts. Le CIEN [1] propose que s’ouvre un lieu, comme celui de la conversation dans d’autres établissements scolaires avec des enfants et adolescents, ou ici celui du conseil des enseignants, dans lequel une difficulté exposée peut recevoir un éclairage nouveau de la psychanalyse. Mon rôle est de permettre cet éclairage inédit. Ainsi, dans nos réunions à Bobigny, un point insupportable pour un enseignant peut devenir gérable après avoir été discuté et analysé. J’interviens avec deux autres personnes, psychologue et écrivain, selon une logique de travail à plusieurs qui organise le travail de recherche autour de la parole de l’enseignant et du collégien.

A quels problèmes peuvent être confrontés les collégiens et les professeurs ?

Les collégiens à des souffrances psychiques qui s’expriment par des difficultés d’attention et des rejets du savoir scolaire. Ils se demandent « à quoi ça sert d’apprendre ? », ont du mal à accepter d’en passer par la demande des enseignants car ils pensent que « la vraie vie » est ailleurs. Les professeurs eux se demandent jusqu’où ils doivent aller car ils sont conscients des difficultés à vivre de leurs élèves, embrouillés par des troubles qui les dépassent. Doivent-ils ou non les écouter en particulier ? Ils sont aussi gênés par la façon de parler de ces jeunes et leur vivacité.

Quelles peuvent être les différentes causes de la déscolarisation des collégiens et comment y répondre ?

Les jeunes ne se sentent pas soutenus par leur famille, le savoir reçu à l’école ne leur apparaît pas comme une solution pour les éloigner de leur difficulté de vivre, ils se réfugient dans un maniement de la langue qui leur sert à « prendre position » mais les isole, ils sont dans une insécurité langagière qui explique leurs dépressions, insultes ou passages à l’acte. Pour y répondre il faut prendre du temps afin de rétablir pour chacun le point de confiance leur permettant de ne plus rejeter ce que l’autre leur propose. Ne pas les prendre de front, savoir s’asseoir en leur compagnie pour que l’autorité authentique nécessaire à la relation adulte-adolescent puisse se mettre en place. Favoriser l’établissement d’un lieu d’écoute où le collégien se verra lui-même d’une autre façon, point de confiance en l’autre lui permettant alors de se séparer de sa haine de lui-même.


[1Centre interdisciplinaire sur l’enfant - 200, rue de Saint-Genés - 33000 Bordeaux. Tél. 05 56 91 23 85

Créé en 1993 à Buenos Aires (Argentine), le Centre interdisciplinaire sur l’enfant appartient au champ freudien qui regroupe des psychanalystes et non psychanalystes à travers le monde. Il fonctionne à partir de laboratoires de recherche travaillant sur ce sujet. Philippe Lacadée coordonne ces laboratoires en Europe


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