N° 980 | du 8 juillet 2010

Faits de société

Le 8 juillet 2010

La petite enfance au rabais

Joël Plantet

Le gouvernement aurait-il choisi un accueil dévalué pour la petite enfance ? Contre l’avis des associations, les dernières dispositions le laissent accroire. Les assistantes maternelles sont en première ligne.

Les associations n’en attendaient pas grand-chose, elles n’ont pas été surprises : les trop officiels États généraux de l’enfance n’ont accouché que de mesurettes sans envergure, tels l’incitation pour les parents d’installer un logiciel de contrôle ou le développement des chartes de Villes amies de l’enfant… Autant dire rien. La « culture commune et partagée » des professionnels du secteur ou l’amélioration de la transmission de l’information préoccupante annoncées il y a quelques mois restent toujours aussi évanescentes.

Qu’attendre en effet de cette démarche insufflée sous l’émotion du fait-divers ? Au final, la secrétaire d’État chargée de la Famille, Nadine Morano, promettait tout juste un décret sur la continuité de la transmission du signalement en cas de déménagement… Un ensemble de fiches de bonnes pratiques relatives à leur exercice professionnel sera conçu à destination des travailleurs sociaux (plus de 265 000 enfants font l’objet d’une mesure de protection, soit 1,8 % des jeunes de moins de 18 ans).

En contrepoint, 80 associations, réunies en États générEux, publiaient leur cahier de doléances, dénonçant des propositions gouvernementales inscrites dans une logique de stigmatisation et de contrôle des familles, et appelant à la résistance.

Désengagement de l’État

Le 8 juin, le gouvernement adoptait un décret relatif aux établissements et services d’accueil de la petite enfance et une loi créant les maisons d’assistants maternels – permettant d’accueillir jusqu’à 16 enfants –, avec des orientations unanimement décriées, y compris par l’association des départements de France (ADF). La mobilisation, pourtant puissante, du collectif Pas de bébés à la consigne n’y a rien fait. Désormais, les crèches et les haltes-garderies pourront accueillir des enfants en surnombre : 10 % d’enfants en plus pour une capacité d’accueil inférieure ou égale à 20 places, 15 % de 21 à 40 places et 20 % à partir de 41 places… La déréglementation, voire la déqualification sont avancées, sans réflexion sur l’enjeu social et éducatif de la petite enfance.

Aujourd’hui les assistantes maternelles (qui pour un petit 1 % se déclinent au masculin) constituent le premier mode d’accueil des enfants : en 2008, on en recensait 309 500, soit près de 2 % de plus que l’année précédente, accueillant 750 000 enfants. Une enquête menée en 2008 par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) indiquait que la plupart d’entre elles étaient issues de familles ouvrières ou d’employés, peu ou pas diplômées (aucun diplôme pour 50 % d’entre elles) : le secteur est à professionnaliser. Munie depuis 2005 d’une convention collective, la profession est un peu plus visible : elle déplore encore toutefois son isolement (parfois des relais d’assistantes maternelles – RAM – y pallient…), son manque d’informations, de soutien pédagogique, de valorisation…

Signe d’actualité, un syndicat, la FGTA-FO s’est récemment lancé dans une campagne de sensibilisation en proposant une certification par la validation des acquis de l’expérience (VAE). De son côté, Assistante maternelle magazine édite cet été un numéro double avec dossier (24 pages) sur le devenir de la profession soumis à l’évolution des modes d’accueil. Le 19 août, les éditions Érès publieront Le livre noir de l’accueil de la petite enfance dans lequel plusieurs spécialistes analysent le désengagement de l’État. Le 13 septembre, un colloque organisé par Aire de famille aura lieu à Paris, au Sénat, sur le thème : quelles pratiques favoriser pour la prévention précoce ? En plein dans le sujet.