N° 804 | du 6 juillet 2006 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 6 juillet 2006

La parole du CSTS, forcément politique

Joël Plantet

Le 16 juin, le conseil supérieur du travail social faisait le point de quelques semaines d’installation de la commission Éthique et déontologie, et approuvait la finalisation de trois rapports. Ceux-ci concernent les nouveaux visages de la pauvreté, le décloisonnement entre secteurs sanitaire et social, et la question de l’usager au centre du travail social. La 5ème mandature du conseil a été prolongée jusqu’en décembre 2006

Complexification de l’action sociale, émergence de nouveaux acteurs, nouveaux moyens de collecte et de diffusion de l’information et place de plus en plus importante prise par le droit dans les rapports sociaux… Constatant une multiplication des interpellations « révélatrices d’un fort besoin pour les travailleurs sociaux de disposer d’un espace d’interrogation et de parole où puissent se fonder au niveau national des références et des repères partagés », une commission Éthique et déontologie était installée au CSTS le 28 avril dernier. Son propos : faire émerger des références partagées et reconnues par l’ensemble des travailleurs sociaux en matière d’éthique et de déontologie, en favorisant la mutualisation d’initiatives locales ou nationales.

Ainsi, le 10 juin dernier, la jeune commission avait manifesté sa vive inquiétude sur l’avant-projet de loi relatif à la prévention de la délinquance. Considérant deux risques de confusion — le maire empiétant sur les compétences du conseil général d’une part, la prévention sociale n’étant plus différenciée de la prévention de la délinquance d’autre part —, quelques propositions étaient émises, dont une conseillant un rôle accru de coordination pour les centres communaux d’action sociale (CCAS).

Trois rapports ont par ailleurs été approuvés. Le premier concerne l’articulation du sanitaire et du social, à partir du recueil de quelque 80 expériences dans différentes rubriques : ateliers santé/ville, réseaux gérontologiques, décloisonnement des formations sanitaires et sociales… Constatant une « logique de blocs qui s’oppose aux interactions » des deux secteurs, l’écrit dissèque les causes du cloisonnement et approfondit deux concepts clé pour arriver à l’articulation (et au réseau) : la coopération et la trans-professionnalité. Quelques recommandations sont alors dégagées : accompagnement des politiques sociales et sanitaires par les crédits adéquats, mobilité professionnelle, définition de territoires pertinents, adaptation des formations et pôles ressources, formalisation des initiatives de réseau en une « compétence collective », etc.

En effet, « les questions éthiques et déontologiques constituent les bases d’une culture professionnelle à partager entre les professionnels des champs sanitaire ou social, un préalable à toute confrontation des savoir-faire », insiste le CSTS. À titre d’exemples, les co-formations entre habitants, élus, travailleurs sociaux et paramédicaux ou bien des chartes sur les droits des usagers, permettront de « renforcer les postures éthiques ».

Trois groupes légitimes constituent le travail social : usagers, professionnels et décideurs

Le deuxième rapport s’intitule Le travail social confronté aux nouveaux visages de la pauvreté et de l’exclusion. Dans les collectivités territoriales comme dans les associations, la plupart des 800 000 travailleurs sociaux rencontrent de plus en plus cette problématique. La recherche d’une nouvelle cohésion se doit d’inverser le rapport social existant avec les populations pauvres en « repositionnant les pratiques professionnelles du travail social autour d’un accompagnement social qui, lui-même, doit être refondé à partir d’une démarche d’alliance avec les personnes pauvres ». Les mots alliance ou alliances sociales sont choisis pour souligner « l’impératif qu’il y a pour le travail social de se doter de méthodes d’intervention qui soient orientées vers des logiques de promotion sociale individuelle et collective ».

Il s’agit là de sortir de pratiques professionnelles dominées par une logique de distribution de prestations sociales pour s’engager vers des actions plus collectives favorisant le développement social des personnes et des groupes en situation de pauvreté. Ici, les six préconisations se conjuguent en termes de politique et d’autonomie : homogénéisation des dispositifs, réorganisation des services sociaux, appel aux intervenants sociaux pour l’élaboration des politiques sociales, pour les trois premières. Les autres restent dans la même veine : rendre accessible aux personnes en difficulté une dynamique de promotion sociale, évaluer le travail social pour un meilleur développement de la cohésion sociale et faire évoluer les formations professionnelles, y compris par une co-production avec les personnes pauvres.

Le titre complet du troisième rapport a valeur de manifeste : L’usager au centre du travail social – De l’énoncé des droits de la personne à l’exercice de la citoyenneté – Conditions d’émergence de pratiques professionnelles novatrices. Il sera, là aussi, question d’alliance entre professionnel et usager, mais aussi de démocratie participative. Malgré la loi du 2 janvier 2002, il faudra en effet encore du temps pour transformer en réelles pratiques les nouvelles potentialités législatives. Douze recommandations sont ici divisées en trois parties : les premières ont pour but d’influencer les politiques sociales, les deuxièmes sont davantage orientées vers les pratiques professionnelles, les troisièmes vers la formation. « Nous espérons que ces trois groupes légitimes qui constituent le travail social — usagers, professionnels et décideurs (politiques et administration) — sauront en faire le meilleur usage », avait conclu, peut-être un brin malicieux, Jacques Ladsous, le président dudit groupe.