N° 799 | du 1er juin 2006 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 1er juin 2006 | Philippe Gaberan

La mort de l’asile. Histoire de l’antipsychiatrie

Jacques Lesage de La Haye


éd. Libertaires, 2006 (213 p. ; 10 €) | Commander ce livre

Thème : Psychiatrie

Il y a peu de chance pour que ce livre fasse la Une des médias ou que son auteur soit invité dans l’une de ces émissions à la mode où se fabriquent les best-sellers. Au contraire même ! Pour peu que son existence soit remarquée, il y a fort à parier que le livre sera critiqué, raillé, marginalisé et jeté aux rancards de l’histoire par ceux-là mêmes qui, comme son auteur, furent un jour sur les barricades de mai 68 et engagés dans tous les combats contre toutes les formes d’enfermements : du Goulag ou des camps de concentration, de l’asile ou de la prison. « Non seulement, l’hôpital psychiatrique est dénoncé, mais en plus, cette remise en cause est insérée dans la contestation de la société toute entière. C’est le système capitaliste qui est critiqué » (p.43).

Ce livre est le témoignage de toute une époque que l’on a de la peine à imaginer aujourd’hui, non pas qu’elle fut lointaine puisque moins d’une cinquantaine d’années nous en sépare, mais parce que plus personne n’ose la raconter. Cette époque-là est pourtant celle des luttes contre une violence exercée par des hommes sur d’autres hommes en toute impunité puisqu’elle se commettait en principe pour les guérir, et donc pour leur bien. Dans le sillage de Ronald Laing, en Grande-Bretagne, ou de David Cooper, aux États-Unis, Jacques Lesage de La Haye appartient au mouvement français de l’antipsychiatrie qui, à partir des années 60, dénonce l’asile comme étant le symbole des enclaves totalitaires. Pour ce mouvement-là et ses rares défenseurs, ils seront peut-être moins d’une demi-douzaine dans les années 90, il n’y a pas d’autres manières de défendre la psychiatrie que de supprimer l’asile.

Ce point de vue est le reflet d’un combat idéologique extrême, mais qui pourtant jamais ne méprise, même s’il les critique, les choix d’un réformisme portés par François Tosquelles et Félix Guattari (la psychiatrie institutionnelle), Lucien Bonnafé (la sectorisation) ou bien encore Claude Sigala (à travers la création des lieux de vie). Pour un lecteur contemporain, il paraît difficile voire impossible d’adhérer sans condition aux positions et aux propos tenus par l’auteur, mais n’est-ce pas là justement la valeur et l’intérêt d’un tel écrit. En retraçant l’histoire idéologique et politique de la psychiatrie, Jacques Lesage de La Haye éclaire d’un regard nouveau l’état pitoyable dans laquelle celle-ci se trouve aujourd’hui. Et rien que pour cela, l’auteur et son livre valent le détour ! Par ailleurs, il n’y a pas tant d’ouvrages sur l’histoire récente de la psychiatrie pour bouder la lecture de celui-ci.


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