N° 1104 | du 2 mai 2013 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 2 mai 2013

La lutte contre les discriminations

Joël Plantet

Les discriminations vont bien, trop bien. Une première procédure groupée a associé un tribunal et le Défenseur des droits. L’école, elle, se voit dotée d’un plan pour en finir avec les stéréotypes de genre. Même la crèche est concernée.

Pédagogie et prévention. La loi définit dix-neuf critères prohibés en matière de discriminations, dont les deux principaux sont l’origine et l’état de santé ou le handicap. Le 18 avril, lors d’une audience emblématique, le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-St-Denis) a jugé quatre affaires différentes de discrimination : refus d’employer une femme enceinte, non-embauche pour une barbe trop longue, refus d’une entreprise à travailler avec des employés maghrébins, interdiction de vol pour une femme handicapée…

Précurseur, le tribunal de grande instance de Bobigny avait d’ailleurs mis en place il y a quelques années un pôle spécialisé dans la lutte contre les discriminations, modèle étendu sur tout le territoire en 2007 (mais ces pôles sont inégalement actifs). Autre particularité : cette démarche s’est effectuée en lien avec le Défenseur des droits, qui présentait pour chaque cas ses observations avec l’objectif de mieux faire connaître son institution (en 2012, celle-ci a été partie prenante de quatre-vingt-treize affaires, majoritairement liées à l’état de santé, au handicap, voire à l’âge). Innovant, ce jugement commun a eu pour fonction de sensibiliser l’opinion publique à un phénomène allant s’amplifiant. Le jugement aura lieu le 20 juin.

Très en amont, l’école. Qui, pour sa part, a récemment lancé un plan pour en finir avec les stéréotypes de genre, les inégalités et discriminations fondées sur le sexe, construits dès le plus jeune âge. Ainsi les filles, de loin meilleures que les garçons scolairement parlant, choisissent pourtant des orientations moins ambitieuses que leurs camarades masculins.

Expérimentée dans dix académies auprès de cinq cents classes de primaire, l’initiative s’inscrit dans le cadre d’une convention dotée de trois axes d’action : transmission d’une culture de l’égalité entre les sexes, engagement pour la mixité dans toutes les formations professionnelles et promotion du respect mutuel. Le service d’orientation est lui aussi interrogé : 94 % des élèves en voie professionnelle coiffure, esthétique et autres services à la personne sont des filles, alors que les garçons sont 99 % en bâtiment, construction et couverture… Une documentation pédagogique et une formation seront à la disposition des enseignants.

Le dispositif sera expérimenté à la rentrée 2013 dans cinq académies et fera l’objet d’une évaluation au printemps 2014 afin d’être généralisé. Dans les collèges et lycées, des actions de sensibilisation au harcèlement et aux violences sexistes seront menées, ainsi qu’une « éducation au respect et à l’égalité », conduite conjointement avec des associations ; la délégation interministérielle contre les violences scolaires s’appuiera sur des enquêtes de victimisation pour guider ces actions, ainsi que sur la mission de lutte contre l’homophobie, dont les résultats porteront sur la prévention des suicides chez les jeunes homosexuel (le) s. Le projet prévoit également de remettre au programme l’éducation sexuelle qui était prévue par une circulaire de 2003 mais n’était appliquée jusqu’à présent que de façon très inégale.

Dès la crèche, les professionnels de la petite enfance peuvent conforter des stéréotypes de genre. Un rapport récent (28 mars 2013) de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur l’égalité entre filles et garçons appelle à une prise de conscience des collectivités territoriales. Un bilan « déroutant » est dressé des pratiques au sein des établissements, et la question des représentations du masculin et du féminin est absente des programmes de formation des professionnels de la petite enfance, qu’elle soit initiale ou continue.