N° 1119 | du 26 septembre 2013

Faits de société

Le 26 septembre 2013

La laïcité sur le gril

Joël Plantet

La question de la laïcité à l’école – son utilité, sa complexité, ses pièges… – agite notre société depuis presque un quart de siècle. La nouvelle charte scolaire peut-elle réellement remplir sa mission pédagogique ?

Il y a quelques jours, une cadre municipale protestante était mutée pour atteinte à la laïcité : elle avait offert à certains de ses collègues un calendrier illustré de textes bibliques. Sanction disproportionnée ?

Le 9 septembre, le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, a officialisé une « charte de la laïcité à l’école » à vocation pédagogique, affichée dans tous les établissements scolaires (ou presque : en sont exemptés les établissements privés sous contrat). Rappelant l’évidence que « chacun est libre de croire ou de ne pas croire » dans une république où religion(s) et État sont séparés, elle impose en quinze articles certaines règles : stricte neutralité pour les personnels dans l’exercice de leur fonction, interdiction de tout « port de signes ou tenues » connotant une appartenance religieuse, impossibilité pour l’élève d’invoquer quelque conviction pour contester le droit de traiter une question du programme.

Quoiqu’aucun des trois monothéismes ne soit jamais cité, les nœuds possibles sont identifiés : étude de textes religieux et enseignement de l’histoire de la Shoah au collège, conflit israélo-palestinien au lycée, biologie, sport, cours sur l’évolution ou la sexualité… Plus largement, cette valeur doit permettre aux élèves de « forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre, faire l’apprentissage de la citoyenneté » et leur assurer l’accès à une culture commune. Ainsi, elle « implique le rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations, garantit l’égalité entre les filles et les garçons et repose sur une culture du respect ». Un kit pédagogique est en cours de finalisation, et les toutes fraîches écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) sont tenues d’accompagner la démarche.

Les réponses se déclinent aussi en termes de réduction des inégalités

Le même ministre, il y a un an, avait parlé d’un enseignement de « morale laïque » assuré de la maternelle et lycée, suscitant de nombreuses interrogations. De fait, un « enseignement moral et civique » l’a remplacé, qui sera mis en place en 2015. Plus en amont, une loi de 2004 était déjà censée interdire le port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques.

La question de la laïcité ne doit pas tourner à l’obsession de l’islam (mauvais signe, le Conseil français du culte musulman y a vu des « allusions » et un « regard oblique »), ni être vécue comme liberticide, ni encourager, en effet pervers, l’extrémisme. Le Défenseur des droits, Dominique Baudis, a demandé des éclaircissements au Conseil d’État à propos des « salariés du secteur privé agissant en lien avec les pouvoirs publics » (cf. certaines crèches) ou des « collaborateurs bénévoles ou occasionnels du service public », (cf. les mères voilées accompagnant des enfants lors de sorties scolaires). En mars dernier, la Cour de cassation avait décrété illégal le licenciement d’une salariée de crèche associative, qui portait le voile.

Cette charte réglera-t-elle les conflits autour des menus à la cantine ou des absences aux jours de fêtes religieuses (la commission Stasi avait proposé en 2003 la création de deux nouveaux jours fériés pour l’Aïd-El-Kébir et Kippour…) ? Ne serait-elle qu’une gesticulation médiatique, comme on a pu l’entendre ? Les réponses se déclinent aussi en termes de réduction des inégalités, en vraie gratuité de l’éducation, en un retour à une carte scolaire qui n’engendre ou ne majore pas de phénomènes communautaristes et ethniques. Le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, s’interrogeait sur « les 18,7 % du budget de l’Éducation nationale qui partent chaque année dans les écoles privées, à 94 % confessionnelles ».