N° 790 | du 23 mars 2006 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 23 mars 2006

La géographie de l’égalité des chances

Joël Plantet

Définitivement adopté par le parlement le 9 mars dernier, le Contrat première embauche (CPE) a mis la jeunesse et les syndicats dans la rue. Réuni le même jour, un comité interministériel des villes et du développement urbain (CIV) a voulu donner l’impression que la politique de la Ville accompagnait la lutte contre l’inégalité des chances. Las, on a l’impression d’un saupoudrage sans grande consistance

Réuni le 9 mars dernier, le Comité interministériel des villes et du développement urbain (CIV) a pris un certain nombre de décisions. Remplaçant les contrats de ville à partir de janvier 2007, les « Contrats urbains de cohésion sociale » (CUCS) seront signés — pour trois ans et reconductibles après évaluation — entre l’État et les communes sur « une géographie prioritaire redéfinie ».

Créée avant l’été dernier, l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances en assurera le fonctionnement, en articulation avec l’Observatoire national des zones urbaines sensibles. Quinze nouvelles Zones franches urbaines (ZFU) sont créées (dont trois en région parisienne et trois dans le Nord) dans les lieux de rénovation urbaine connaissant les taux de chômage les plus élevés ; plus d’une vingtaine de communes voient leur périmètre de zone franche étendu « dans la perspective de la prolongation du dispositif jusqu’en 2011 », selon le ministère.

Le dispositif des zones franches va bientôt avoir dix ans. Créées en effet en 1997, celles-ci ont un objectif de revitalisation économique : le dispositif incite les entreprises — mais aussi les associations — à s’installer dans les quartiers relégués, moyennant exonérations fiscales. Avec les nouvelles ZFU, le ministère espère sept mille emplois supplémentaires, dont le tiers environ pour les habitants concernés, tout en tablant sur une augmentation de 50 % du nombre d’entreprises implantées.

« Les acteurs de terrain », a promis le Premier ministre en ouvrant le CIV, « sont confortés dans leurs missions auprès des habitants des quartiers, notamment à travers l’augmentation significative des financements des associations dès 2006. Les procédures sont également améliorées et elles seront mieux associées aux projets locaux ».

On se souvient que le gouvernement avait déclaré l’égalité des chances grande cause nationale 2006

Côté insertion professionnelle, les écoles de la deuxième chance « ayant fait leurs preuves en matière d’insertion » seront soutenues, et deux programmes mis en place, l’un permettant l’accès de 2500 « jeunes des quartiers » aux métiers du sport, l’autre inscrivant 6000 jeunes suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) en parcours d’insertion professionnelle. Par ailleurs, une « réforme de l’éducation prioritaire » renforcera les moyens en personnels des 249 collèges « ambition réussite » et quinze internats de réussite éducative se verront labellisés.

Dans la rubrique Citoyenneté, le nombre d’adultes relais doublera cette année, passant de 3000 à 6000. Les femmes-relais et autres médiatrices seront « valorisées » dans leur action au moyen d’un programme spécifique mis en place le 20 mars dernier. Côté santé mentale, des équipes mobiles de psychiatrie sont prévues dans 25 sites de la politique de la Ville. Autre priorité, la rénovation de l’habitat, avec prolongation jusqu’en 2013 de l’action de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU). On se souvient que le gouvernement avait déclaré l’égalité des chances grande cause nationale 2006, et mis en place la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) en juin 2005. Une vingtaine de fiches a concrétisé l’ensemble des initiatives.

Les troubles des quartiers relégués en novembre dernier ont probablement incité le gouvernement à faire un certain effort financier : au total, près de 1, 2 milliard d’euros est débloqué pour cette année, la plupart de ces dispositifs étant toutefois lancée depuis belle lurette. Le gouvernement se rengorge de quelques initiatives : six préfets, par exemple, sont censés travailler spécifiquement sur le dossier de l’égalité des chances dans les départements les plus en difficulté. L’évaluation des associations est plus que jamais à l’ordre du jour, et des audits seraient même confiés à des sociétés privées. En vue de prochaines économies ? Qui peut penser qu’un semblable saupoudrage peut résoudre l’immense question devenue structurelle de la précarisation de la société, du chômage de masse et des inégalités sociales ?