N° 899 | du 2 octobre 2008

Critiques de livres

Le 2 octobre 2008 | Jacques Trémintin

La frénésie sécuritaire - Retour à l’ordre et nouveau contrôle social

Sous la direction de Laurent Mucchielli


éd. La découverte, 2008 (138 p. ; 10 €) | Commander ce livre

Thèmes : Délinquance, Prison

Le clivage entre une droite essentiellement répressive et une gauche qui revendiqua longtemps l’articulation entre répression et prévention s’est estompé, ne laissant plus qu’un discours catastrophiste et alarmiste, affirmant que les choses vont toujours plus mal, mettant en cause les parents démissionnaires et les juges laxistes. Cette stratégie de dramatisation comporte de sérieuses déformations du réel, déformations que les dix contributeurs de cet ouvrage se font un point d’honneur de pourfendre.

Entre 2002 et 2007, quarante lois ont modifié le code de procédure pénale et trente le code pénal, répondant au moindre fait divers par une modification législative moins réformatrice que symbolique et déclarative : « La loi pénale veut tout embrasser des comportements que notre société ressent comme menaçant » (p.22). C’est tout le modèle judiciaire qui est en train de basculer. C’est un véritable surarmement pénal qui est élaboré, pour faire croire que l’on peut éviter tout risque. On n’est plus dans la réponse donnée à un acte délictuel, mais dans l’émotion qui ne se préoccupe que de la dangerosité supposée de l’auteur. A l’image des peines planchers imposant à la deuxième récidive des sanctions sans aucune proportion avec l’acte commis ou cette rétention de sûreté qui prévoit le prolongement de l’enfermement après l’exécution de la peine.

Entre janvier 2002 et janvier 2008, le taux d’emprisonnement s’est accru de 260 %, le système carcéral se remplissant d’infracteurs au code de la route et à la législation sur les stupéfiants, ainsi que de citoyens ayant commis des outrages aux policiers. C’est que les forces de l’ordre ont adopté une stratégie propre à répondre efficacement à la pression qu’elles subissent en termes d’exigence de résultats : elles concentrent leurs interventions sur des cibles susceptibles d’augmenter leurs taux d’élucidation.

Et quoi de plus facile que d’arrêter des fumeurs de pétards ou de se lancer dans la chasse aux sans papiers ? Se confirme alors l’orientation amorcée avec la suppression de la police de proximité : les forces de sécurité s’affirment dans leurs missions de police d’ordre au service de l’Etat, plutôt qu’au service des citoyens. L’approche protectionniste à l’égard des mineurs qui fait primer l’éducatif et la connaissance de la personnalité sur une politique criminelle de sanctions est, elle aussi, menacée.

Pourtant, le modèle sécuritaire ne nous garantit pas la sécurité attendue. Les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, pays connus pour leur choix répressif, n’ont jamais réussi à faire baisser le taux de délinquance des mineurs en dessous des 20 % de la délinquance globale, là où la Norvège, qui persévère dans la politique protectionniste, a réussi à la plafonner à 5 %.


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