N° 604 | du 10 janvier 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 10 janvier 2002 | Jacques Trémintin

La force des émotions. Amour, colère, joie ?

François Lelord & Christophe André


éd. Odile Jacob, 2001, (398 p. ; 21,34 €) | Commander ce livre

Thème : Relations

Qu’est-ce que l’émotion ? C’est une réaction soudaine de tout notre organisme qui s’exprime sous des formes physiologiques (notre corps), cognitives (notre esprit) et comportementales (nos actions). Ces manifestations quotidiennes de l’être humain ont été étudiées depuis des siècles.

Quatre points de vue tentent de les expliquer. L’approche évolutionniste, tout d’abord, qui en fait une pure fonction génétique. La vision physiologiste, ensuite, qui considère que c’est avant tout notre corps qui réagit. La conception cognitiviste, quant à elle, y voit l’expression de la pensée. Le culturalisme, enfin, privilégie l’interprétation culturelle. Chacune de ces théories se trompe quand elle prétend donner la seule explication, car toutes apportent leur pierre à l’édifice de la compréhension. Et, c’est à partir de ces hypothèses complémentaires que les huit émotions présentées dans l’ouvrage vont être étudiées.

Place en premier à la colère qui a servi longtemps à préparer au combat et à intimider le protagoniste. Elle a été considérée progressivement comme une atteinte aux règle sociales. Entre explosion et inhibition, il faut trouver sa voie pour lui permettre de s’évacuer sans faire trop de dégâts. L’envie, ensuite, qui vise les avantages obtenus par les autres. Ce sentiment nous amène à dévaloriser celui qui en bénéficie ou le système qui les lui a procurés. Si cela vaut toujours mieux que l’agressivité, il faut essayer de positiver ce ressenti.

Et la joie, la bonne humeur, le bonheur ? La psychologie les a étudiés 17 fois moins que la tristesse, la peur ou la colère ! Signe distinctif : l’équanimité (égalité d’âme et d’humeur face aux alésas), facteurs favorisants : santé, stabilité émotionnelle, place reconnue dans la société. La tristesse, elle, se déclenche toujours à partir de la perte d’un être cher, d’un objet, d’un statut, de valeurs ou de buts. Elle permet d’attirer l’attention et le soutien d’autrui. Il en va de même pour la honte, ce sentiment pénible d’infériorité, d’indignité ou d’abaissement dans l’opinion des autres qui provoque aussi l’indulgence, tout en nous aidant à rester dans les clous de la contrainte sociale. La jalousie, de son côté, est éternelle. Les hommes sont attirés par les femmes belles garantes de fécondité, et les femmes par les hommes affirmés et leaders susceptibles de les protéger, chacun (e) ayant pour objectif final de garantir les meilleurs conditions de survie à sa progéniture.

La peur est une amie quand elle nous sauve, une ennemi quand elle nous paralyse. La vertu qu’on doit lui opposer n’est pas le courage, mais la prudence qui sait soupeser la prise de risque. L’amour, enfin, commence par l’attachement du bébé d’avec sa mère et se perpétue toute la vie dans une quête sans fin. La connaissance de toutes ces émotions est l’une des conditions d’une existence sereine permettant de vivre avec elles, et non pas de les subir.


Dans le même numéro

Critiques de livres