N° 682 | du 16 octobre 2003 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 16 octobre 2003 | Jacques Trémintin

La famille que je veux, quand je veux ?

Sous la direction de Claire Neirinck


éd. érès, 2003 (197 p. ; 12 €) | Commander ce livre

Thème : Parentalité

Si la famille se distingue d’un simple agrégat variable, contingent, susceptible de se faire ou de se défaire en fonction du caprice du moment, c’est parce que le droit l’a introduit dans un monde de valeurs et dans un ordre intelligible. Ni l’affection, ni le désir individuel, ni la vie commune ne suffisent à eux seuls à en garantir les bases. Sa structure symbolique ne peut être fondée que sur l’alliance (convention qui officialise une solidarité et une communauté d’engagements et de traditions) et la parenté (inscription dans un ordre généalogique). C’est pourquoi l’évolution qui marque le droit de la famille est si importante. Un certain nombre de réformes ont notablement modifié sa configuration ces dernières années.

L’ouvrage conçu sous la direction de Claire Neirinck nous en présente le tableau. Simple, limpide, et à la portée du non-spécialiste, il apporte des précisions utiles et passionnantes, tout en réfléchissant sur les tenants et aboutissants de ces mutations. Le couple, la décision d’être parent ou de ne pas l’être, l’exercice de l’autorité parentale, la place des parents face à l’enfant… tous les aspects étudiés ici, concourent au même sentiment : la consolidation de la volonté individuelle, au détriment de ce qui jusque-là avait contribué à compenser l’instabilité du sentiment, la fragilité du désir égoïste et la variabilité des intérêts.

Ainsi, l’instauration du Pacs qui n’implique aucun engagement réciproque et qui peut être rompu de par la seule volonté de l’un de ses membres. Ou encore l’IVG, qui, au cours du temps, est devenu un acte médical ordinaire, voire banal. La procédure qui justifiait un délai de réflexion a disparu. L’acte ne relève plus que du choix de la femme seule juge des motivations qui l’amènent à renoncer à avoir un enfant. La stérilisation qui se sera longtemps heurtée au respect de l’intégrité corporelle est devenue possible dans un but contraceptif, la seule condition requise étant le consentement de l’intéressé. L’autorité parentale, quant à elle, est de plus en plus confrontée à des exceptions qui placent l’enfant en situation de pouvoir faire valoir ses droits.

Ainsi de sa consultation dont la loi fait l’un des axes de la démarche d’éducation des parents. Mais aussi, la nouvelle place de sa volonté devenue prépondérante en matière de pratique de l’IVG ou pour ce qui concerne le consentement à l’acte médical. Le régime d’exercice de l’autorité parentale a été unifié (mêmes règles dans la famille naturelle et maritale) et magnifié, la volonté commune des parents étant considérée comme la base de son application. Le droit familial s’est donc largement adapté à la place prépondérante faite à l’individu.


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