N° 781 | du 19 janvier 2006 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 19 janvier 2006 | Jacques Trémintin

La famille

Michel Fize


éd. Le Cavalier bleu, 2005 (124 p. ; 9 €) | Commander ce livre

Thème : Histoire

La famille constitue une réalité multiple et complexe à la fois subjective et objective. Michel Fize nous en fait la démonstration en rappelant que les diverses formes familiales imaginées par l’espèce humaine ont donné lieu à de nombreuses typologies, sans qu’aucune définition n’ait pu faire l’unanimité. On ne peut dater son origine, ni l’ordre d’apparition parmi les autres modes d’organisation. Elle émerge au moment où la division du travail et le développement économique rendent nécessaire le remplacement des relations libres et volontaires (qu’on retrouve dans le clan), par des rapports contraints et hiérarchisés sous l’autorité d’un chef tout puissant.

Pour autant, la famille nucléaire traditionnelle que l’on connaît aujourd’hui n’a pas toujours existé. Elle s’est finalement imposée assez récemment, supplantant la famille souche qui faisait cohabiter plusieurs générations, ayant longtemps été la forme dominante. On parle aisément de crise de la famille. Polybe l’évoquait déjà, 150 ans avant Jésus-Christ. Il est vrai pourtant que de profondes mutations sont en cours. En intégrant la parentalité plurielle et la filiation multiple, la famille contemporaine est devenue moins institutionnelle que relationnelle. Le mariage n’est plus l’acte fondateur du couple : 450 000 couples de concubins se forment contre 300 000 qui se marient. Et encore, sur dix mariages qui se contractent, neuf ne sont que la régularisation d’un concubinage antérieur.

En fait, ce qui fait la famille, c’est l’enfant. Ce qui le montre le mieux, c’est la proportion des pères reconnaissant leur enfant à la naissance : en 1965 ils étaient un tiers à le faire. Ils sont 83 % aujourd’hui. Autre mutation, celle qui touche les fonctions de la famille. Elle en a toujours eu trois : la reproduction sexuelle, l’apport de savoirs et l’éducation. D’abord, dans nos sociétés occidentales, la famille n’est plus le lieu privilégié de la filiation : fécondation in vitro, adoption, naissance hors mariage, quand ce n’est pas hors couple, ne sont plus des exceptions, sans être pour autant devenues bien sûr majoritaires. Ensuite, l’apport familial de connaissances est largement concurrencé par bien d’autres médias, à commencer par l’école mais aussi la télévision ou la presse.

Quant à la transmission de normes et de valeurs, les parents ne l’assument plus comme auparavant. On ne peut pas dire qu’ils ont démissionné, mais ils sont souvent dépassés, déstabilisés, comme frappés d’impuissance. Cela tient pour beaucoup au fait que l’enfant n’est plus l’objet passif de l’éducation qu’il reçoit, mais se comporte en sujet, revendiquant d’y participer activement. Malgré tous ces bouleversements, la famille reste le premier lieu où l’individu vient se mettre à l’abri, quand la crise sévit au-dehors. Chez les 15-29 ans, ils ne sont pas moins de 87 % à la plébisciter comme une valeur sûre. Les difficultés de vie ont souvent été corrélées avec des carences familiales dans l’enfance. La famille serait-elle comme le phénix, à renaître perpétuellement de ses cendres ?


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