N° 741 | du 17 février 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 17 février 2005 | Jacques Trémintin

La demande de justice en protection de l’enfance

Jean Lavoué


éd. L’Harmattan, 2004 (218 p. ; 19,50 €) | Commander ce livre

Thème : Protection de l’enfance

Le risque de tout ouvrage compilant des articles et des interventions de colloque, c’est la dispersion et le manque de cohérence. Jean Lavoué compense cet écueil par la finesse de ses analyses et la pertinence de sa compréhension des enjeux tant sociétaux que professionnels.
La démocratisation du lien social nécessite, explique-t-il, une intériorisation des règles relationnelles et une autorégulation permanente, autant dire un seuil de responsabilisation élevé qui est bien loin d’avoir été atteint. Avec comme effets dévastateurs, une dilution du lien social, un individualisme forcené et une insécurité croissante ressentie par les citoyens.

On retrouve les mêmes mécanismes dans la famille qui a abandonné son fonctionnement traditionnel pour un modèle démocratique fondé sur la valeur de la parole et sur le respect de la différence et de la place de chacun, sans que là aussi, le savoir-faire et les compétences nécessaires ne se soient suffisamment développés. Résultat : une confusion des rôles, les parents n’occupant plus leur place, pas plus que l’enfant devenu roi, objet ou fantasme qui se trouve idolâtré dans une relation perverse, incestueuse, fusionnelle ou abusive… Conséquence de cette situation, la justice se trouve régulièrement convoquée pour jouer un rôle de régulation sociale, pour réactiver la loi symbolique, les limites et les interdits, comme s’il lui revenait d’avoir à refonder l’alliance et l’appartenance à la communauté des hommes.

L’éducation spécialisée n’a pas échappé à cette tourmente et a été questionnée tant dans ses pratiques que dans ses finalités. Elle a su s’adapter, en s’orientant vers des valeurs de sollicitude, de bientraitance et de bienveillance. Elle a quitté l’attitude du pourvoyeur de bons conseils pour adopter une pratique de prise en compte, d’écoute et de reconnaissance des compétences existantes. Cette approche respectueuse lui permet d’autant mieux d’aider les parents à identifier ce qui demeure en souffrance dans l’émergence de leur fonction. Mais l’importance prise par le formalisme juridique place de plus en plus le travail social entre deux feux : défendre les droits de l’enfant tout en respectant l’autorité parentale, signaler sans délai tout en soutenant les parents sans les trahir.

Passé d’une époque marquée par des placements peu respectueux de la famille d’origine à une autre souffrant de retours systématiques et de retraits différés jusqu’à l’extrême limite, il est tour à tour dénoncé pour ne pas suffisamment protéger l’enfant et pour disqualifier les parents. Le défi qui lui est dorénavant lancé, est bien de préserver l’originalité de la clinique de la famille en souffrance. C’est de se situer dans la complexité, en résistant au réductionnisme ambiant qui voudrait limiter la demande de loi symbolique à un simple juridisme, la demande de parole et de signification partagée au savoir objectivant de l’expert et la demande de rencontre et de lien à la seule logique gestionnaire.


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