N° 619 | du 25 avril 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 25 avril 2002 | Patrick Méheust

La déliaison. La politique de la ville en question

Françoise Moncomble


éd. L’Harmattan, 2001 (178 p. ; 13,72 €) | Commander ce livre

Thème : Politique de la ville

« La cité impose son ordre économe, rectiligne et uniforme : l’espace public et les espaces collectifs se confondent en un seul bloc ; l’architecture ignore les courées, les passages, les transitions ; l’espace est ouvert à tous les vents, il ignore tout des lieux intermédiaires où chacun peut apprivoiser un peu d’espace public ». Le décor est posé ? La cité est un lieu fonctionnel, géométrique, rationnellement pensé. Sa vocation, à l’origine, était de proposer une solution d’hébergement répondant à un certain nombre d’exigences en matière de salubrité et de confort pour résoudre le problème de la concentration de populations déshéritées en périphérie des grandes villes.

De ce point de vue on peut considérer, avec une bonne dose de cynisme, que l’opération est assez réussie si l’on considère que la plupart des cités regroupent des populations relativement homogènes en termes de difficultés sociales ? Aussi, les politiques publiques s’efforcent-elle aujourd’hui de délimiter des territoires de « géographie prioritaire » où la mobilisation importante de moyens dans les domaines de l’éducation, de la sécurité, des services, etc. est censée rattraper, en quelque sorte, le retard accumulé.

L’idée, généreuse au demeurant, est d’appliquer à marche forcée la recette de l’intégration républicaine pour parvenir à résorber les poches d’exclusion et réussir une « normalisation » basée sur des principes égalitaires quant à l’accès aux droits fondamentaux.

Cependant, cette stratégie méconnaît un élément essentiel ? Elle oublie, en effet, que les cités ont engendré leur propre culture, une socialité spécifique fondée sur le défi, l’offense, la provocation, l’exacerbation des sentiments et la proximité sociale. Ainsi, la démesure, la « palabre », la rumeur, l’agitation, la transe, voire l’émeute, participent des manifestations festives et ludiques qui ont désormais cours en ces lieux. Aussi, les propositions des pouvoirs publics qui reposent sur l’instauration de rapports de nature civile, régentés dans le cadre des dispositions réglementaires communes, ont-elles toutes les chances de recevoir un écho mitigé puisqu’elles véhiculent la menace d’anéantir, en grande partie, ce qui constitue à la base le lien social propre à l’univers de la cité.

Françoise Moncomble suggère donc une autre voie, une nouvelle approche. Il s’agirait plutôt d’inverser les processus mis en ?uvre dans le champ du développement local en s’appuyant sur l’existant, sur ce qui constitue la réalité des relations sociales dans les quartiers pour promouvoir, à terme, l’essor du lien civil. L’idée est intéressante et originale tout à la fois. Elle peut s’avérer en sus plus efficace que tout ce qui a pu être engagé jusqu’à présent. Alors tentons l’expérience ? Un peu d’audace SVP !


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