N° 1201 | du 16 février 2017

Critiques de livres

Le 16 février 2017 | Jacques Trémintin

La bonne éducation

Étienne Liebig


éd. Michalon, 2016, (214 p. – 17 €) | Commander ce livre

Thème : Histoire

Trop souvent, on mesure la pertinence des principes éducatifs à l’aune des derniers courants de pensée en vigueur. Or, l’histoire de l’éducation, c’est l’histoire de sa relativité, rappelle Étienne Liebig. Et d’énumérer la succession de savoir-faire requis pour être de bons parents, au cours des siècles. Pendant longtemps, bien éduquer son enfant c’était avant tout le baptiser et en faire un bon chrétien. Son bonheur résidait alors dans la parfaite adéquation entre ce qu’on attendait de lui et ce qu’il montrait. Puis progressivement, l’éducation a été perçue comme chose trop sérieuse pour la confier à des parents : l’enfant a été livré à une armée de professionnels sachant ce qui est bien pour lui… même s’ils n’ont jamais cessé de se contredire. À commencer par la médecine qui fixa au 19e siècle des principes hygiénistes incontournables : les sphincters devaient s’éduquer et la propreté s’obtenir par dressage. Puis, vient l’école qui se substitua aux modes traditionnels d’apprentissage religieux, populaire et familial. Au tournant des années 1960, sous l’impact de la psychanalyse, plus rien ne se rapporte au physiologique ou au génétique : la grande affaire, c’est la carence affective. Puis les modèles se bousculent, changeant à chaque décennie : la bonne éducation se traduit par le bonheur à tout prix (années 70), la réussite sociale (années 80), l’appartenance citoyenne (années 90). Le 21e  siècle a, quant à lui, apporté une mutation majeure : à la transmission des valeurs éducatives traditionnellement verticales (les plus anciens vers les plus jeunes) a succédé une dimension horizontale (au sein du groupe de pairs). Les sites Internet, les réseaux sociaux et les séries prennent le relais des adultes, ce monde virtuel devenant une gigantesque cour de récréation transcendant les cultures et les frontières. Aujourd’hui, les certitudes sur les bonnes pratiques éducatives se sont évanouies, laissant un grand vide ouvert sur le feeling et la négociation. L’auteur ne se contente pas de dresser un état des lieux lucide et clairvoyant. Il incite les parents à rejeter l’illusion d’une posture mythique faite d’autorité, de limites posées et de réponses exemptes de failles. Le respect ? Il se gagne, grâce à la cohérence et à la bienveillance. La sécurité ? Elle se troque contre le risque calculé d’un minimum d’expérimentation autonome. L’obéissance ? Mieux vaut le compromis entre les exigences des parents et celles de leurs enfants. Le contrôle ? Place à la complicité dans le vécu des bonheurs et des malheurs partagés.


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