N° 724 | du 7 octobre 2004 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 7 octobre 2004 | Jacques Trémintin

La Résilience ou comment renaître de sa souffrance ?

Sous la direction de Boris Cyrulnik & Claude Seron


éd. Fabert, 2003 (248 p. ; 25 €) | Commander ce livre

Thème : Résilience

Le devenir adulte de tout enfant dépend pour partie de facteurs internes neurologiques et génétiques : à la naissance, nous avons tous à peu près les mêmes promesses de développement. Mais pour l’autre partie, ce qui joue un rôle tout aussi important, ce sont les stimulations extérieures et notamment les conditions de vie socio-économiques. Pour ce qui est de l’enfant victime de mauvais traitement, l’acquisition de ressources internes constitue un facteur permettant de supporter les épreuves. Mais un rôle tout aussi positif est joué par les tuteurs de Résilience qui favorisent grandement la reconstruction.

Parmi ces tuteurs, on compte des pratiques culturelles tels la lecture, le théâtre ou la peinture, des comportements altruistes et militants, mais aussi l’intellectualisation. Parmi les techniques qui permettent cette expression, il y a l’élaboration du vécu sous forme de récit. La mentalisation permet alors d’éviter la somatisation ou le passage à l’acte. Exorciser le traumatisme et éviter qu’il ne s’enkyste passe alors par sa mise en mots. Autre technique, la thérapie par le jeu qui aide à se débarrasser de ses fardeaux affectifs, de se décharger de ses émotions et des idées toxiques. La judiciarisation systématique de l’inceste peut-elle aller dans le même sens ? Un procureur italien et un psychologue québécois proposent un regard bien différent. Le premier y voit le seul moyen d’interrompre l’abus et de s’inscrire dans une protection résolue susceptible d’aider l’enfant à se reconstruire.

Sur les 989 signalements pour agressions sexuelles effectuées tout au long de l’année 2000 au Québec, répond le second, seuls 198 ont fait l’objet d’un procès, 80 % de l’ensemble ayant été classé sans suite. De fait, la dimension éducative et psychologique joue un rôle essentiel. Mais « le système éprouve des difficultés à admettre que l’on obtient des résultats très intéressants pour l’intérêt de l’enfant, sans passer par le système pénal » (p.138), constate-t-il. Pour ce qui est des jugements, ils portent sur des actes qui n’ont pas la même gravité explique-t-il : 2 % sont restés au stade du harcèlement, 3 % sont passés à l’exploitation (image, etc.), 5 % à l’exhibition, 65 % aux attouchements, 8 % aux tentatives de pénétration et 12 % à des relations complètes. On n’applique la même réponse, ni la même logique indépendamment de la gravité du délit.

La gestion thérapeutique possède donc d’authentiques vertus. À condition, toutefois, d’avoir définitivement renoncé à l’hypothèse systémique en vigueur un temps, selon laquelle l’abus sexuel étant considéré avant tout comme un facteur de maintien de l’homéostasie du système familial, il convenait alors de réunir l’ensemble de la famille pour en parler, en banalisant au passage le vécu de la victime. Ou encore, d’éviter de prôner une démarche excluant systématiquement toute répression et prétendant vouloir associer les parents « aussi violents soient-ils » (p.165) à la thérapie de leur enfant !


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