N° 1088 | du 10 janvier 2013

Faits de société

Le 10 janvier 2013

La France illettrée

Joël Plantet

Deux millions et demi de personnes de dix-huit à soixante-cinq ans, soit 7 % de la population résidant en France métropolitaine éprouvent des difficultés au moins partielles dans un des trois domaines fondamentaux de l’écrit : déchiffrer les mots, pouvoir les écrire et comprendre un texte simple.

Réalisée une première fois en 2004, une enquête de l’Insee Information et vie quotidienne (IVQ) s’était intéressée à la mesure du niveau de compétence de la population adulte à l’écrit, en calcul et en compréhension orale, à partir d’exercices fondés sur des supports de la vie quotidienne (programme télé, ordonnance médicale, rédiger une demande d’emploi…). L’IVQ a été reconduite en 2011 auprès de 14 000 personnes âgées de seize à soixante-cinq ans, appuyée sur une étude nationale et quatre études régionales (une cinquième, en Provence-Alpes-Côte- d’Azur, verra ses résultats diffusés cette année). Pour l’écrit, les tests ont porté sur la maîtrise de trois compétences fondamentales : déchiffrer les mots, pouvoir les écrire et comprendre un texte simple.

Par définition, le terme illettrisme ne s’applique qu’aux personnes ayant été scolarisées en France. Aujourd’hui, le phénomène concerne environ 2,5 millions de personnes âgées de 18 à 65 ans, pouvant être considérés en situation d’illettrisme, soit 7 % de cette tranche d’âge. Le taux était plus élevé en 2004 (9 %). L’étude nationale révèle en effet que 16 % des dix-huit-soixante-cinq ans éprouvent des difficultés – « graves ou fortes » pour 11 % d’entre eux – dans les domaines fondamentaux de l’écrit, chiffres là aussi moins mauvais qu’en 2004. Cette amélioration s’explique entre autres par un « effet génération » : l’enquête 2011 n’a pas intégré la génération née avant 1946, génération présentant un taux élevé de personnes en difficulté, caractérisée par la faiblesse de son accès à l’enseignement secondaire. La dégradation du niveau des élèves en lecture scolaire peut être considérée comme inquiétante : inférieur à la moyenne européenne, celui-ci baisse d’année en année depuis 2001. Le Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS) place la France au 29e rang de son classement, la situant entre la Pologne et l’Espagne.

Dégradation inquiétante du niveau des élèves en lecture scolaire

Par ailleurs, selon l’Insee, la part des personnes « très à l’aise » dans le domaine du calcul baisse. Les performances se dégradent avec l’âge et l’amélioration globalement enregistrée au fil des générations n’est plus de mise chez les plus jeunes. Les femmes ont plus souvent que les hommes des difficultés en calcul, (c’est l’inverse face à l’écrit)… En outre, les mauvaises performances ont tendance à se cumuler : près d’une personne sur deux en difficulté à l’écrit l’est également en compréhension orale ou en calcul. Et « l’usage de plus en plus répandu d’outils micro-informatiques dans la vie quotidienne (ordinateur, calculatrice, smartphone…) amoindrit sans doute chez les plus jeunes l’intérêt à maîtriser parfaitement les règles de base du calcul ». De fait, l’Insee y voit un « effet calculette », l’usage de ces instruments atténuant « chez les plus jeunes l’intérêt à maîtriser parfaitement les règles de base du calcul ».

Les études ont porté sur les régions Haute-Normandie, Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais et Picardie. On y apprend ainsi qu’un habitant sur six de Haute-Normandie a des difficultés face à l’écrit, de nombreuses femmes étant confrontées à ce problème… Plus d’un million de Franciliens (13 %) se trouvent « en difficulté importante » face à l’écrit, les chômeurs étant davantage concernés que les personnes ayant un emploi ; même si le taux de difficultés face aux fondamentaux de l’écrit pour la région Nord-Pas-de-Calais reste important (13 % pour une moyenne nationale de 11 %), le retard se résorbe peu à peu… De même, un Picard sur huit est en difficulté importante face à l’écrit.