N° 1056 | du 29 mars 2012

Critiques de livres

Le 29 mars 2012 | Jacques Trémintin

L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres, des faits

Laurent Mucchielli


éd. Fayard, 2011 (340 p. ; 20 €) | Commander ce livre

Thème : Violence

Poursuivant inlassablement son œuvre de salubrité publique, Laurent Mucchielli nous propose une nouvelle et précieuse contribution permettant de combattre l’un des mythes les plus tenaces de ces dernières années. La question de la montée continue de la violence et de son rajeunissement est traitée ici avec méthode et rigueur, le souci scientifique remplaçant avantageusement le moralisme, le manichéisme et l’idéologisation ambiants.

L’auteur en convient parfaitement : la délinquance des mineurs existe bel et bien. Mais rien dans l’analyse objective, ne permet de justifier les représentations fantasmatiques, les peurs et les idées reçues qui encombrent bien des esprits. Il y a d’abord ces chiffres qui le démontrent. En moins de quinze ans, le nombre d’homicides a chuté, passant de 1 600 en 1 995 à 800 en 2010. Dans le même temps, la proportion des mineurs de moins de treize ans impliqués dans des actes de délinquance a diminué. Seulement 1 % des jeunes condamnés le sont pour des actes graves. En 2009, les viols collectifs n’ont représenté que 9 % des condamnations pour agressions sexuelles (loin donc de la prétendue épidémie de « tournantes »). Des agressions dont se plaignent 15 à 16 % de personnes interrogées, 2 à 3 % sont classées comme « peu graves » et 0,1 à 0,2 % comme « graves ».

Comment expliquer ce grand écart que l’on constate avec le sentiment communément partagé d’insécurité ? Outre l’instrumentalisation politique, on doit se référer à un véritable paradoxe. D’un côté, notre société est prise dans un mouvement de pacification des mœurs, d’effondrement du seuil de tolérance collectif et de répulsion qui croît de façon exponentielle face à toute manifestation de violence. Tout ce qui était jusque-là considéré comme plus ou moins normal est délégitimé et devient inacceptable. D’un autre côté, il y a cette société de consommation qui rend possible la délinquance d’appropriation (explosion du nombre de vols de voitures dans les années soixante et de téléphones portables dans les années 2000, proportionnels à leur disponibilité sur le marché). Mais il y a aussi cette anonymisation du lien social, cette réduction des contacts de proximité et cette tendance au repli sur soi qui poussent à judiciariser des conflits intrapersonnels de basse intensité qui, autrefois, étaient réglés par le dialogue et la médiation.

On assiste donc, non pas à une explosion des actes de violence, mais à une mutation majeure de la sensibilité collective qui provoque un accroissement spectaculaire de leur traitement tant par la police que par la justice. À l’image de l’augmentation spectaculaire du nombre d’infractions routières sanctionnées entre 2002 et 2009 (+60 %), que personne n’assimile à un accroissement de l’insécurité, mais à sa plus grande répression.


Dans le même numéro

Critiques de livres