N° 798 | du 25 mai 2006 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 25 mai 2006

L’intégration des demandeurs d’asile, un vain mot

Joël Plantet

Quelques dispositifs de formation performants facilitent l’arrivée en France des primo arrivants et des demandeurs d’asile. Que vont-ils devenir avec le nouveau projet de loi sur l’immigration ?

Mi-mai, l’association France Terre d’asile (FTA) présentait dans ses locaux le premier bilan d’une action intitulée Formation d’accès à la citoyenneté et à l’intégration par la langue (Facil) aux membres du Haut Conseil à l’intégration (HCI). Missionné par la Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DRTEFP) et soutenu par le Fonds social européen, le projet s’adresse à des jeunes âgés de 16 à 20 ans. En l’espace de quatorze mois, ils ont été plus de 350 à pouvoir bénéficier du dispositif, permettant à environ 60 % d’entre eux de rejoindre un processus de formation classique ou un emploi [1].

Les finalités sont évidentes : orienter ces jeunes — envoyés là par des missions locales et des permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO) — vers une formation (par apprentissage, par exemple), leur permettre d’accéder à la citoyenneté française et favoriser leur autonomie et leur intégration (sociale, professionnelle, culturelle). Pour cela, 182 heures sont consacrées à des apprentissages purement linguistiques. Les jeunes élaborent un projet personnel et professionnels, et seront orientés vers une filière scolaire (générale, professionnelle ou adaptée) ou un dispositif d’insertion.

Plus spécifique, un module Égalité des genres veillera à faire intégrer les droits des femmes, en particulier auprès de jeunes filles primo arrivantes. Les problèmes sociaux des stagiaires sont traités en lien avec le référent de la mission locale. À noter : un stagiaire sur trois est de nationalité française — majoritairement en provenance d’Afrique subsaharienne (57 %) ou d’Afrique du Nord (36 %) —, ne maîtrisant pas la langue pour cause de retour au pays d’origine avant d’être amené à revenir en France.

La survie de la formation FACIL n’a rien d’assuré

En effet, l’objectif du parcours est de faire émerger des choix professionnels : il s’agit de « construire des passerelles avec les CFA et que deux mondes se rencontrent ». La question de la langue est donc essentielle : le niveau doit être suffisant pour pouvoir aller jusqu’au CAP. La plupart des métiers choisis sont les métiers dits « sous tension », tels ceux de l’hôtellerie et de la restauration. Certains atouts — être anglophone, par exemple — représentent un intérêt certain à prendre en compte… Les résultats sont là : au final, 57, 3 % des stagiaires ont acquis un niveau suffisant pour poursuivre un parcours de formation.

Nicole et Irène, respectivement nées en Colombie et au Cameroun, Younès, Nina, Soraya et d’autres viendront témoigner de leur investissement dans cette formation. Blandine Kriegel, présidente du HCI, se déclarera « impressionnée » par le niveau de français acquis en quelques mois. Il n’empêche : la survie de la formation FACIL n’a, actuellement, rien d’assuré.

Depuis l’ouverture du débat parlementaire sur l’asile et l’immigration, France Terre d’asile envoie régulièrement des informations éloquentes ou des vignettes de cas concrets. Ainsi, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) a exactement produit… 184 527 déboutés depuis 2001. Proportionnellement à sa population, la France accueille beaucoup moins de demandeurs d’asile (0, 08 pour 100 habitants pour la période 2001-2005) que Chypre, l’Autriche, la Suède ou la Norvège.

Alors, considérant les 128 amendements durcissant le projet de loi, FTA relevait le 75ème, installant l’obligation du contrat d’accueil et d’intégration (CAI) pour les primo arrivants dont « l’inscription aux formations connaissent aujourd’hui un taux d’abandon de 50 % » dû à l’absence de services périphériques (garde d’enfants) et à l’impossibilité de concilier une vie professionnelle et l’obligation de formation. Et la loi prévoit que le premier renouvellement de la carte de séjour pourrait tenir compte du non-respect du CAI…


[1France Terre d’asile - 25 rue Ganneron - 75018 Paris. Tél. 01 53 04 39 99
Service Formation : 155-159 rue du Docteur Bauer - 93400 Saint-Ouen. Tél. 01 49 21 12 00