N° 495 | du 15 juillet 1999 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 15 juillet 1999

L’insertion en six films

Joël Plantet

La Cathode
119, rue Pierre Sémard
93000 Bobigny
Tél. 01 48 30 81 60

Thème : Insertion

Depuis 1993, l’Association La Cathode, qui se définit comme un « laboratoire pour le lien social », mène une activité de communication autour de deux collections de films réalisés en association avec des jeunes : Court court ma banlieue a ainsi réuni dix-huit ateliers et Un film pour en parler, douze groupes de paroles. Il y a trois ans, l’Association s’est constituée en centre de ressources, avec l’objectif de développer un travail de réseau, en France et en Europe, sur les notions de citoyenneté et de « l’éducation à la vie ». Des projets sont en cours : actuellement, à partir de l’adaptation de l’ouvrage de Béatrice Koeppel, Marguerite B., sur le passage du système des maisons de correction à celui de l’éducation surveillée, un film sur les différentes grilles idéologiques qui se sont posées sur les jeunes délinquants a été réalisé, et pourrait être diffusé à la télévision, sur Arte ou la Cinquième…

« La plupart des participants à cette expérience ont quitté le milieu scolaire en échec. Sans travail, ni projet d’insertion professionnel précis, ils ont appris à gérer un temps « suspendu » (…) Le réalisateur leur a proposé de parler de leur vécu pour faire passer un message à d’autres jeunes » : dans six villes de Seine-Saint-Denis — Romainville, Montreuil, Aulnay-sous-Bois, Stains, Clichy-sous-Bois et Épinay-sur-Seine —, avec des missions locales et des associations, 80 jeunes, issus de quartiers dits sensibles, ont participé à un groupe de parole intitulé Comment on s’en sort ?, sur le thème de l’insertion (sociale, professionnelle), écrit un scénario, réalisé un film en assurant un travail de technicien ou en prenant un rôle de comédien.

Un peu sur le modèle des « espaces santé », ou des points écoute jeunes, les missions locales ont donc voulu proposer aux jeunes, dans un premier temps, une sorte de sas qui leur permette de se retrouver ; ces groupes de parole initiaux ont favorisé le travail sur l’expression verbale, écrite, mais également sur les différents registres de l’expression audiovisuelle ; un travail sur la vie du groupe, ou le travail de socialisation — par des rencontres qui vont permettre la diffusion du film — ont fait également partie intégrante de la méthode et de la dynamique utilisées.

Chaque film s’est construit autour de l’articulation d’un réalisateur et d’un intervenant du service jeunesse ou de la mission locale : une première cassette vidéo réunit trois petits films : Trois semaines pour rétablir trois ans (12 mn) met en scène une jeune femme et ses difficultés ; Cas souciants (15 mn), réalisé par les personnes de la Cité d’hébergement Myriam, à Montreuil, dépeint — de l’intérieur, de fait — ce qu’est la vie dans ce lieu et les problèmes qu’on y rencontre ; Chacun sa route (10 mn) met en scène plusieurs personnages, à partir de l’histoire d’une jeune femme ayant choisi de prendre la route.

Dans la cassette n°2, Chemins détournés (18 minutes) retrace l’histoire d’Aziz, 23 ans, qui revient dans son quartier au bout de quatre ans d’absence et qui va devoir choisir entre différentes manières de vivre, de gagner de l’argent… Réalisée avec les stagiaires d’un chantier-école, dans le cadre du dispositif TRACE et avec la mission interministérielle pour l’insertion des jeunes, cette démarche s’est inscrite là dans le cadre de la formation professionnelle, et a duré trois mois avec dix stagiaires à plein temps. CM du 93 (15 mn) parle, lui, de l’importance de la création pour, parfois, vaincre la morosité ; Être ou ne pas être là est l’insertion (15 mn) évoque le retour d’un jeune détenu dans sa ville, sans d’ailleurs oublier l’humour…

Ces films ont été réalisés entre novembre 1998 et mai 1999, dans le cadre d’un programme du Fonds social européen de la délégation interministériel à la Ville (FSE/DIV). Début février, et jusqu’à fin avril, les stagiaires de Chemins détournés ont tenu un carnet de bord du chantier école : ils y racontent les règles de fonctionnement du stage, les apports des techniques, l’apprentissage des principaux plans, le travail sur d’autres films (Pirate, de Polanski, ou Barry Lindon, de Kubrick…), la manipulation de la caméra, le travail avec la psychologue, le tournage de leurs autoportraits, le tournage du film proprement dit, la prise de son, puis le montage… « Face à l’image dégradée des banlieues, l’originalité et la pertinence de leurs propos (des jeunes, Ndlr) permettent d’imaginer que d’autres relations peuvent se construire, qu’il y a une place pour l’avenir », conclut joliment La Cathode, qui produit ces films. Belle expérience.