N° 1106 | du 23 mai 2013 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 23 mai 2013

L’immigration professionnelle serait-elle meilleure ?

Joël Plantet

Y aurait-il une meilleure immigration, moins porteuse de fantasmes ? Avec l’immigration étudiante et professionnelle, il s’agit d’attirer les meilleurs et d’ouvrir un débat sur l’attractivité du pays.

« Il y a des étrangers qui, par leurs talents, constituent non pas un risque pour l’emploi, mais une opportunité pour notre croissance. » On appelait ça, encore récemment, « l’immigration choisie » (expression malheureuse, opposée par Nicolas Sarkozy à « l’immigration subie »), illustrée par la circulaire Guéant, abrogée par la nouvelle équipe au pouvoir. Fin avril, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso, ont esquissé devant le Sénat les contours d’une loi en matière d’immigration économique et étudiante, assurément moins polémique et porteuse de fantasmes que l’immigration familiale. Le texte reviendra d’ici quelques jours, le 29 mai prochain, devant l’Assemblée nationale, et un projet de loi devrait être finalisé avant fin juillet.

Actuellement, les flux économiques au sens strict ne représentent que 10 % des entrées de migrants, et ce depuis des années. Depuis quelques décennies, cette immigration de travail s’est d’ailleurs réduite, se résumant actuellement à quelque 20 000 cartes par an. Mais le gouvernement a aujourd’hui en ligne de mire des salariés hautement qualifiés (contrairement aux migrants familiaux, détenteurs des métiers les moins qualifiés et les plus pénibles) : les secteurs économiques nécessitant les salariés les plus experts vont être recensés. Pour eux, un titre de séjour de trois ans sera instauré.

Même logique pour l’immigration étudiante : ce sont les niveaux master et doctorat qui sont les premiers visés (actuellement, 41 % des doctorants de l’Hexagone sont de nationalité étrangère). Aux heureux élus, le ministère de l’Intérieur proposera là aussi une généralisation de titre de séjour pluriannuel. Concrétisation d’une des promesses du candidat Hollande, le texte se veut consensuel, les organisations étudiantes et les associations ayant été consultées. Les syndicats aussi : ainsi, la CGT avait-elle rappelé l’absence dans le projet de loi de toute réflexion sur les immigrés travaillant sans papiers…

La France doit impérativement améliorer ses conditions d’accueil

Entre 2007 et 2011, le nombre d’étudiants étrangers admis au séjour en France a augmenté de 40 %, pour parvenir à plus de 64 500. L’année 2012 a été marquée par un important reflux de près de 10 % (59 000 entrées sur le territoire). En 2011, ils furent 288 500 étudiants étrangers (dont 81,4 % extracommunautaires) à s’inscrire dans les établissements d’enseignement supérieur du pays : 11 % en licence, 19 % en master, 41,3 % en doctorat (massivement à l’Université, et pour un quart d’entre eux dans les écoles de commerce et d’ingénieurs)… Les femmes sont majoritaires.

Concrètement, l’entrée sur le territoire de travailleurs extracommunautaires pourrait être assouplie par l’allégement des taxes acquittées par les entreprises envisageant d’embaucher des informaticiens ou ingénieurs étrangers. De même, l’ensemble des titres de séjour liés au travail – au moins une dizaine – et leurs délais de validité (tous différents) pourraient être rationalisés.

La France doit impérativement améliorer ses conditions d’accueil, souvent déplorables. La généralisation du titre de séjour pluriannuel, voire un titre de séjour permanent pour les doctorants, est probablement une des premières mesures à prendre. Tout en sachant qu’en 2008, selon la commission Attali, les trois quarts des migrants familiaux accédaient eux aussi au marché du travail… Mais les métiers où il y aura le plus de postes à pourvoir d’ici à 2020 sont ceux d’agent d’entretien et d’aide à domicile, avec plus de 300 000 postes chacun…