N° 607 | du 31 janvier 2002 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 31 janvier 2002 | Long métrage de Roland Moreau

L’homme qui marche

Joël Plantet

2001 (77 minutes)
La Cathode
119 rue Pierre Sémard
93000 Bobigny
Tél. 01 48 30 81 60

Thème : Politique sociale

Un installateur d’ordinateurs tombe, lors d’un trajet professionnel, en panne salutaire : la courroie de transmission pète, celle qui commande l’arbre à cames, ce qui va permettre, estime-t-il, une autre rupture, essentielle, afin de retrouver son âme, son essence humaine. Pour ce faire, il lui faudra marcher, marcher encore, et surtout rencontrer Pat’, jeune fugueur de 13 ans, qui fuit obstinément une famille d’accueil « qui ne pense qu’à empocher le fric de la Ddass ».

Les deux marcheurs doivent donc aller vers leur destin : l’adolescent veut rencontrer sa mère, 600 km au sud, histoire d’en avoir le cœur net ; le VRP, lui, espère un renouveau dans un autre rapport au temps et à la nature. Ainsi motivés, ils traversent la France profonde, font de rares mais belles rencontres, s’engueulent, piquent temporairement un 4x4, se quittent, se retrouvent, jusqu’à se faire — enfin ! — choper par la gendarmerie.
Outre l’ambiguïté de cette relation de conte de fée, le parti-pris du réalisateur a été de dépeindre (une fois encore) des services sociaux bornés, sans écoute, une éducatrice sans attention, un centre d’accueil dont on ne peut que s’échapper. Jérôme, l’adulte marcheur, aide Pat’, le jeune adolescent, à fuir la mère Ddass et ses éducateurs flics. C’est aussi simple que cela.

Nous sommes sortis de ce « road-movie pédestre » mal à l’aise, forcément mal à l’aise, et avons pu le dire au cinéaste : même si de fortes et belles choses sont dites sur la marche qui rend libre (« chaque être humain a un itinéraire à suivre qui le mène au bout de lui-même »), la confusion règne entre ces deux générations, sur tous les plans ; voulant trop embrasser, le film étreint mal tous les sujets qu’il aborde. La description caricaturale des professionnels qui pourraient aider Pat’ne sert qu’à sublimer un individualisme forcené, sans avenir.
Cela dit, le propos peut probablement, dans un débat, soutenir une conversation critique, un débat sur la fugue…