N° 1116 | du 5 septembre 2013 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 5 septembre 2013

L’histoire de la réduction des risques

Marianne Langlet

Première partie : L’histoire.
Production Asud

Thème : Toxicomanie

Un film de Laurent Appel et Philippe Lachambre

« Cette putain de maladie est un effet direct de la guerre à la drogue. » Fabrice Olivet, de l’Association d’auto-support des usagers de drogues (ASUD), sourit mais sa révolte traverse tout le documentaire. Il a eu l’idée, avec Laurent Appel, de faire un film en plusieurs volets sur la politique de réduction des risques liés à l’usage de drogue en France. Le premier volet sur l’histoire, filmé par Laurent Appel et Philippe Lachambre, revient sur la politique de répression qui a prévalu vis-à-vis des usagers de drogue, les réduisant au silence et à l’impuissance face au virus du sida.

Le documentaire ne cesse de rappeler que, pour des raisons idéologiques et politiques, les usagers de drogue n’ont eu accès à des seringues stériles que très tardivement, bien après le début de l’épidémie. Or, la politique de réduction des risques (RDR), une fois acceptée, a permis de stopper l’épidémie de sida chez les usagers de drogue. Tout le monde le reconnaît aujourd’hui, jusqu’à parfois oublier l’histoire.

Le documentaire, grâce aux documents d’archives et aux témoignages des acteurs de la RDR, revient sur la multitude de luttes… et de morts qu’il a fallu pour que les pouvoirs publics (et les médecins) admettent que les usagers pouvaient être acteurs de leur propre santé. « Cette population a encaissé le virus du sida de plein fouet, sans information et moyens de s’en prévenir », rappelle le documentaire. Les usagers de drogues ont alors représenté un tiers des victimes du sida. En 1993, le sida est la première cause de mortalité pour les 18-34 ans en Ile-de-France.

Combien auraient pu être épargnés ? « La notion d’absence de responsabilité des usagers de drogue par rapport à leur santé était récurrente », témoigne Alain Morel, psychiatre addictologue, directeur d’Oppelia. « Leur donner des seringues n’était pas concevable. » Pourtant, arrive, enfin, 1987, l’autorisation de vente libre de seringues par Michèle Barzach, alors ministre de la Santé : « 60 % des usagers de drogue changent alors de comportement en un an et ne partagent plus leur seringue », souligne William Lowenstein, médecin, addictologue, directeur de la clinique Montévidéo. Aujourd’hui, la transmission du VIH par l’usage de drogue représente 1 % des découvertes de séropositivité.