N° 696 | du 12 février 2004 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 12 février 2004 | Un documentaire de Brigitte Lemaine

L’histoire de Franck et David

Joël Plantet

(2003 - 75 mn)
Distribution : CNASM
5, avenue Charles de Gaulle
57790 Lorquin
Tél. 03 87 23 14 79

Thème : Mental

En 1989, Brigitte Lemaine, sociologue et cinéaste, rencontre deux jeunes gens, Franck et David. Pour les faire sortir, semble-t-il, d’une situation d’échec scolaire, ils ont été placés dans une institution pour handicapés mentaux dans laquelle, selon elle, « ils n’ont rien à faire ». Comme on décide de réparer une injustice, elle prend alors la décision de raconter leur histoire et — après leur départ de l’établissement — va travailler avec eux, réunissant éléments et témoignages, et reconstituant ainsi « le chaos de leur vie ».

Dans un premier temps, elle leur propose d’incarner leur propre rôle aux côtés de comédiens professionnels : après un casting pluriel — mêlant jeunes de banlieues, danseurs et acteurs —, elle commence à mettre en scène les différentes séquences d’un scénario. Mais malgré différents soutiens, le film n’ira pas à son terme, la production s’en désengageant au fur et à mesure : « le sujet dérange » constate amèrement la réalisatrice, « une certaine France n’est pas prête pour ce « Vol au – dessus d’un nid de coucous » métissé », mettant les peurs en lien avec le fait que ce qui est à l’origine de la souffrance de Franck et David n’est encore nullement reconnu comme il le faudrait : maltraitance, négligence, racisme…

Elle décide alors de transformer son projet initial en documentaire, et d’étudier le processus de leur exclusion, qu’elle distingue en trois étapes : familiale, scolaire et sociale. Le parcours de ces jeunes est engrenage : rejeté de leurs familles, en réelle difficulté d’apprentissage, dévalorisés à l’école avant d’être exclus, discriminés ensuite au lieu d’être intégrés… Avec les éclairages du psychothérapeute Bernard Lempert et du psychiatre Philippe Gutton, elle va dégager plus précisément deux problématiques : la maltraitance institutionnelle et l’errance.

La réalisatrice est persuadée d’une chose : il faut intervenir au tout début de ce processus, et non vouloir réparer à la fin : en conséquence — large programme — il s’agira de dépister les négligences, les rejets, la maltraitance, les viols et abus sexuels, les discriminations. Cela afin de prévenir l’escalade de la violence, « car les traumatismes hantent au point de créer « l’indisponibilité de la pensée » et l’échec scolaire et affectif. Celui qui erre dans les rues, dans l’alcool ou la drogue, le plus souvent se perd pour échapper à ses images traumatiques. Il suffit qu’une personne écoute, soutienne, soigne quand il est encore temps, et le processus peut être arrêté », estime la cinéaste. Neuf ans après, leur avenir est d’ailleurs moins sombre et porte quelques espoirs nouveaux, que la réalisatrice a traduits à l’écran.

Brigitte Lemaine est cinéaste engagée. Elle avait travaillé avec Armand Gatti sur le Chant d’amour des alphabets d’Auschwitz de ce dernier, qui traitait de la déportation des sourds par les nazis ; elle est l’auteure de nombreux documentaires sur le handicap ou les maltraitances. Son propos s’inscrit toujours dans l’idée de faire circuler et débattre : elle espère ainsi que cette projection intéressera les centres de formation, « les psy », les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM)…